Catégories, méthodes, pratiques : qu’est-ce que faire de l’histoire de la philosophie ?

Séminaire organisé par Giuseppe Bianco (IEA Paris) et Sophie Roux (ENS)

ENS, salle Pasteur, 13.30-15.30

12 février : Giuseppe Bianco et Sophie Roux, Introduction

26 mars : Thomas Benatouïl (UMR 8163, Savoirs, textes, langage), « Histoire des systèmes philosophiques et méthode sociologique. Quelques tentatives d’hybridation ».

2 avril : Mogens Laerke (UMR 5037, Institut d’histoire de la pensée classique), « Peut-on penser l’histoire de la philosophie de l’intérieur ? Remarques sur le perspectivisme historique ? »

7 mai : Frédéric Fruteau de Laclos (EA 1451, Centre d’histoire des systèmes de pensée moderne), « Généralité des moments, singularité des événements (de pensée) ».

L’histoire de la philosophie, telle qu’elle est scolairement et académiquement pratiquée, est l’aboutissement d’un long processus historique. En France, des catégories comme celles d’auteur, de doctrine, d’école ou de période historique et des exercices pratiques comme le commentaire de texte et la dissertation ont permis, à partir du xixe siècle, de constituer une identité disciplinaire liant fortement l’histoire de la philosophie et la philosophie. La prééminence de la philosophie analytique dans les pays anglo-saxons durant la première moitié du xxe siècle a en revanche longtemps tenues éloignées la philosophie et l’histoire de la philosophie, cette dernière se rapprochant conséquemment des disciplines philologiques, voire de programmes en histoire des idées, en histoire intellectuelle ou en histoire culturelle. Mais dans l’un et l’autre cas, une certaine clôture de la philosophie par rapport aux sciences humaines et sociales a limité le dialogue entre ces dernières et l’histoire de la philosophie.

Cette dernière est toutefois l’objet d’un certain nombre de renouvellements venant des sciences humaines et sociales aussi bien que de la philosophie contemporaine. Notre séminaire se propose dès lors de donner aux historiens de la philosophie l’occasion d’expliciter les catégories et les méthodes qu’ils mettent en œuvre quand ils pratiquent la discipline qui est la leur. Il ne s’agit donc pas d’un séminaire spécialisé selon un objet, un domaine, une période ou une aire culturelle, mais d’un séminaire ayant pour objectif de poser dans toute leur généralité les questions méthodologiques suivantes. Quel est l’objet de l’histoire de la philosophie ? Quel type de récit ou d’argumentation y met-on en œuvre ? Comment en vient-on à isoler le problème déterminé sur lequel on travaille ? Quel rôle fait-on jouer à différentes formes de communication (formes orales versus formes écrites, écrits à vocation privée comme certaines correspondances versus écrits publics, inédits versus livres imprimés, etc.) ? Comment constitue-t-on un corpus approprié pour aborder ce problème ? Quels rapports institue-t-on, explicitement ou explicitement, avec d’autres formes d’histoire et avec la pratique contemporaine de la philosophie ? Par quel type des procédures met-on éventuellement en rapport les arguments logiques et les contextes matériels dans lesquels ces arguments ont été élaborés ?

Il ne s’agira pas nécessairement de répondre à ces questions par un discours de la méthode historique. Les orateurs pourront aussi envoyer aux participants un article ou un chapitre d’ouvrage dans lequel leur manière de faire l’histoire de la philosophie apparaît à travers une étude de cas. Dans l’un et l’autre cas, la présentation, comme la discussion qui suivra, permettra d’expliciter les catégories et les méthodes qui sous-tendent cette pratique. Le séminaire est dans ces conditions ouvert à tous les collègues qui s’interrogent sur ce que c’est que faire de l’histoire de la philosophie ; il est également recommandé aux élèves et aux étudiants qui envisagent de faire une thèse ou qui l’ont récemment commencée.