Du jansénisme au modernisme : La Bulle Auctorem fidei (1794), pivot du magistère romain ?

Colloque international organisé par Jean-Baptiste Amadieu et Simon Icard, en partenariat avec République des Savoirs (USR3608), le Laboratoire d’Études sur les Monothéismes et le Labex TransferS

Placée entre la Constitution civile du clergé et le Concordat, Auctorem fidei avait toute la palette pour colorer le crépuscule de la querelle janséniste, pour lui donner son aspect « fin de siècle ». Même si l’on défend la conception couramment reçue d’un jansénisme du xviiie siècle, né de la contestation de l’Unigenitus et symboliquement clos par cette bulle de 1794, on peut s’interroger sur le pôle habituellement placé en 1713. Auctorem fidei n’est-elle que la réplique, au sens sismique du terme, du « choc » de l’Unigenitus ?

Auctorem fidei dépasse aussi la simple question du jansénisme, notamment en raison de la postérité qu’a connue ce texte. Les interprètes romains ou ultramontains ont conféré à cette condamnation une autorité durable et une portée plus générale que les circonstances ponctuelles de sa rédaction. En 1850, le futur cardinal Villecourt, polémiste intransigeant, traduit et diffuse le texte de l’autre côté des Alpes. Philippe Boutry montre ainsi que la Bulle quitte alors le domaine strict de la querelle janséniste pour apparaître comme « le « chaînon manquant » entre les textes pontificaux du xviiie siècle et l’encyclique Mirari vos » de Grégoire XVI portant condamnation des thèses de Lamennais, en particulier de l’indifférentisme.

Aussi ce document souvent ignoré représente-t-il « un tournant fondamental dans l’élaboration de la théologie intransigeante du premier xixe siècle ». Auctorem fidei remet en cause une périodisation trop clivée entre l’obsession du jansénisme (xviie et xviiie siècles) et la traque du relativisme et du modernisme (xixe et xxe siècles) ; la Bulle peut apparaître comme un document de transition.

Jeudi 24 novembre, salle des actes, École normale supérieure (45, rue d’Ulm, Paris Ve) Matin,

10h
Introduction par Jean-Baptiste Amadieu et Simon Icard

Wolfgang Mager (Université de Bielefeld), « La consultation des cinquante avocats du parlement de Paris, du 30 octobre 1727, contre le concile d’Embrun »

Albane Pialoux (Université Paris-Sorbonne), « La fin du siècle de l’Unigenitus ? Le cardinal de Bernis, dernier témoin de la « grande affaire » des diplomates français en cour de Rome »

Après-midi, 14h30

Simon Icard (CNRS, Laboratoire d’Études des Monothéismes), « Un fil rouge du jansénisme : l’obscurcissement de la vérité dans l’Église »

Sylvio de Franceschi (EPHE, Laboratoire d’Études des Monothéismes), « Scolastique et positive au xviiie siècle : à propos de la 76e proposition censurée par Auctorem fidei ».

Jean Dubray (École Supérieure de Théologie Catholique, Issy-lès-Moulineaux), « L’abbé Grégoire et Auctorem fidei »

Vendredi 25 novembre, salle des actes, École normale supérieure (45, rue d’Ulm, Paris Ve)

Matin, 9h

Gérard Pelletier (Faculté Notre-Dame, Paris), « Le contexte théologique d’Auctorem fidei »

Bernard Callebat (Faculté de Droit canonique, Institut Catholique de Toulouse), « La portée juridico-canonique d’Auctorem fidei »

Pause

Marco Rochini (Università Cattolica del Sacro Cuore, Milan), « La réception d’Auctorem fidei dans le jansénisme lombard-vénitien : implications religieuses et politiques »

Grazia Grasso (Université de Genève), « La plus forte réaction italienne à Auctorem fidei : les « Riflessioni in difesa di M.r Scipione de Ricci e del suo Sinodo di Pistoja sopra la costituzione Auctorem Fidei » ».

Après-midi, 14h30

Remy Hême de Lacotte (Académie des Sciences Morales et Politiques), « La réception d’Auctorem fidei dans le clergé français sous la Restauration »

Jean-Baptiste Amadieu (CNRS, République des Savoirs), « Les usages d’Auctorem fidei dans les censures de l’Index au xixe siècle »

Conclusions : Philippe Boutry (Université Paris I)

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