Jean-Hugues Barthélémy, Sommes-nous philosophiquement darwiniens ?

Les séminaires du Centre Cavaillès 2015-2016

Jean-Hugues Barthélémy (CIDES), Sommes-nous philosophiquement darwiniens ? Les ratés persistants d’un héritage

Le problème de la place de l’homme dans la nature, dont Charles Darwin motivait la formulation la plus aiguë, devient aujourd’hui celui de savoir si l’héritage darwinien lui-même a vraiment été assimilé par la philosophie occidentale. Celle-ci reste en effet déchirée entre deux tendances : d’une part la très problématique « coupure anthropologique » (Simondon) dans ses diverses formes, par où l’homme resterait radicalement différent des autres espèces, d’autre part le naturalisme qui tend à réduire les comportements animaux et humains aux effets de leur substrat biologique et même physico-chimique. Il apparaîtra qu’une réelle assimilation de l’héritage darwinien relève de l’esprit de l’actuelle éthologie de l’empathie, telle que la développe le primatologue Frans de Waal à partir de l’idée d’ « autonomie motivationnelle ». Cette éthologie nouvelle n’interdira plus, dans un second temps, l’humanisme décentré dont André Leroi-Gourhan avait posé dès 1964-1965 les conditions paléoanthropologiques en pensant l’interface langage/technique. L’idée de décentrement signifie ici à la fois la fin de l’anthropocentrisme – et plus largement de la coupure anthropologique dans ses différentes variantes – et la nécessité, pour le primate humain, de reconstruire son être-sujet via l’interface langage/technique.