Séminaire Philosophie française et philosophie analytique au XXe siècle

Organisation : Elie During, Frédéric Fruteau de Laclos, Jean-Michel Salanskis

PROGRAMME 2014

Vendredi 24 octobre 2014 – 17h-19h

Elie DURING (IREPH, Université Paris Ouest Nanterre)

Qu’est-ce qui n’existe pas ?

La question de l’inexistence (distincte de celle du néant ou du non-être) traverse toute la philosophie française contemporaine, selon différentes modalités et sous différents vocables : l’imperceptible, l’indiscernable, la différence évanouissante, l’inexistant de la situation, le non-donné, etc. Deleuze, Derrida, Badiou, Lyotard : chacun reconnaîtra les siens. Une double généalogie kantienne (critique de l’argument ontologique, table du rien) et hégélienne (doctrine de l’existence ou « être-là ») permet de comprendre la persistance de ce thème et ses principales variations. De son côté, la métaphysique analytique hérite d’une procédure d’identification des engagements ontologiques par le moyen de la quantification existentielle, identification qui se paie d’une réduction ou d’une élimination des positions d’inexistence : ce traitement abrasif trouve sa première formulation chez Russell (1905), avant d’être repris par Quine (en mode méta-ontologique) dans son célèbre article de 1948 « On what there is », avec pour effet principal une polarisation de l’attention sur le problème des objets inexistants. À la question « Qu’est-ce qui n’existe pas ? », il faut répondre résolument : « Rien ». Nous voudrions engager un dialogue oblique entre les deux traditions pour dégager les conditions d’une pensée de l’inexistant qui ne soit pas d’emblée indexée à la catégorie d’objet. Deux pistes seront explorées en priorité : la théorie frégéenne du sens (réfractée dans les œuvres de Deleuze et de Lyotard) et la doctrine des modes d’existence (Souriau).

 Vendredi 5 décembre 2014 – 17h-19h

Denis FOREST (IREPH, Université Paris Ouest Nanterre – IHPST, Paris)

Qu’appelle-t-on « épistémologie française » ? Réflexions sur Canguilhem et les philosophies de la tradition analytique

Dans leur introduction au recueil L’épistémologie française 1830-1970 (Puf, 2006), Michel Bitbol et Jean Gayon écrivent : « L’épistémologie française est le nom d’une tradition de pensée délibérément hétéroclite qui a toujours affirmé, sinon l’unité théorique, du moins la solidarité de problèmes que d’autres traditions tendent à dissocier ». « Tradition de pensée », l’épistémologie française se définirait par une famille d’œuvres et des figures marquantes, mais aussi par une manière de procéder (ou de ne pas procéder) qui serait différente de celles qu’on rencontre en particulier dans le monde anglo-saxon. Deux questions sont alors : la différence entre les méthodes est-elle nécessairement une différence entre les thèses défendues par les philosophes de chacune de ces traditions ? Et s’il y a un moment historique de l’épistémologie française, ce qui fait l’identité de celle-ci est-il de nature à l’opposer à d’autres types de philosophie d’une manière persistante, ou seulement à une certaine date, l’évolution ultérieure des traditions et des pratiques hors de l’espace français révélant que les différences ne doivent pas toujours être substantialisées ? J’aborderai ces questions en revenant sur trois problèmes centraux de la philosophie de Georges Canguilhem, la question de la relation entre philosophie des sciences et histoire des sciences, le statut du mécanisme en biologie, et la question de la santé en philosophie de la médecine. A une époque, la nôtre, où la philosophie des sciences a plus d’une fois redécouvert l’histoire des sciences, où le mécanisme est interrogé à nouveaux frais, et où des positions proches de celle de Canguilhem sont exprimées en philosophie de la médecine dans la langue de la philosophie analytique de l’action, nous pouvons relire Canguilhem en veillant à éviter les illusions rétrospectives, mais aussi les guerres de tranchées qui n’ont plus lieu d’être.