Séminaire Philosophie française et philosophie analytique au XXe siècle (Les Vendredis du CIEPFC)

Vendredi 30 janvier 2015
17h-19h

Jean-Claude DUMONCEL (Université de Caen)
Deleuze dans les mondes possibles

« Autrui, c’est un monde possible ». Par cette proposition, après avoir aidé P. M. Schuhl à corriger les épreuves de son livre Le Dominateur et les possibles, Deleuze devient un de ceux qui ont repoussé les limites de la logique modale, et sa percée vient s’inscrire naturellement dans la mutation qui la travaille en ce moment. Après avoir narré la manière dont la logique modale s’est mathématisée dans la logique du temps d’A. N. Prior en superposant Diodore Cronos et Thomas d’Aquin avec la complicité de P. T. Geach, on expliquera cette mathématisation « à la mode d’Amsterdam » de J. van Benthem, popularisée par P. Blackburn, et on montrera comment, pour les mondes possibles deleuziens, elle offre le cadre d’une carrière illimitée.

 

Vendredi 6 mars 2015
17h-19h

Laurence KAHN (Association Psychanalytique de France)
A propos de deux traitements de la réalité en psychanalyse

Il est beaucoup dit que la psychanalyse devrait abandonner sa prétention à la scientificité, moderniser sa conception de la communication, renoncer une bonne fois à parler le langage des causes alors que sa vocation, en appui sur les motifs, est de comprendre. Cette tendance, largement répandue dans la psychanalyse américaine se donne à elle-même le nom de psychanalyse postmoderne. L’on y voit l’intersubjectivisme s’articuler étroitement avec la pointe fine du relativisme et le scepticisme du constructivisme s’allier aux pouvoirs de la « résonnance affective », cette voie d’accès au « soi intime » étant largement privilégiée.
Quelles sont les conséquences théoriques et pratiques d’une telle perspective ? En considérant que la métapsychologie freudienne s’appuie sur un « essentialisme » qui précipite la psychanalyse dans les errements de la métaphysique, c’est en fait la fonction économique des « intensités » et les jeux scandaleux du langage qui se voient déboutés du rôle que leur conférait Freud dans le fonctionnement psychique. De même, quelles répercussions peut avoir la proposition de remplacer l’attention flottante, sa méthode, par la contextualisation ? Dans un débat, où ont été recrutés Dilthey et Wittgenstein ainsi que Ricœur, mais aussi, assez paradoxalement, la French theory – en particulier Derrida, Foucault et Lyotard –, l’enjeu serait de parvenir à s’émanciper du despotisme de la vérité, l’énergie psychique semblant n’être plus indispensable qu’aux velléités explicatives de la « pseudo-science » psychanalytique. Ce faisant, l’usage de l’efficacité intersubjective – lorsqu’elle fait corps avec une conception simplifiée de l’empathie, lorsqu’elle est maillée dans le champ « conversationnel » et rapportée à la « narration de soi », lorsqu’elle est hâtivement ajustée au pouvoir mutatif de la fiction – ne tend-il pas premièrement à réduire l’intraitable dans une mesure commune de l’échange ?

 

Vendredi 3 avril 2015
17h-19h

Juan Luis GASTALDI (IREPH, Université Paris Ouest Nanterre)
Les conditions d’une logique du sens. Frege vs Russell et la double articulation des signes numériques

 Description : La question du sens comme catégorie philosophique fondamentale fait son apparition dans la logique moderne avec l’œuvre de Frege. Si le paradoxe de Russell a mis en échec le projet d’une logique du sens, les raisons de cet écueil sont restées largement dissimulées derrière le succès de la philosophie russellienne. Partant des raisons pour lesquelles Frege a invariablement refusé la solution russellienne, il s’agira de dégager les conditions pour qu’une véritable logique du sens puisse trouver une place dans le cadre de la logique contemporaine. Il apparaîtra que ces conditions font valoir à l’intérieur de la réflexion logique une dimension sémiotique pouvant interpeller la tradition structurale associée à la philosophie française contemporaine.

 

Vendredi 22 mai 2015
17h-19h 

Brice HALIMI (IREPH, Université Paris Ouest Nanterre – IHPST, Paris)
Nécessité et actualité chez Kripke

La logique des noms propres de Saul Kripke est d’abord une réflexion sur la notion de nécessité, à l’aide de celle de monde possible. Pour autant, cet ouvrage reconnaît un statut spécial au monde actuel, et ne le considère pas comme un monde possible parmi d’autres. Il ne le considère pas davantage comme un contexte d’interprétation parmi d’autres : Kripke s’oppose en cela à la sémantique dite « bidimensionnelle » des modalités qui a été proposée pour l’analyse des énoncés que La logique des noms propres tient pour à la fois nécessaires et a posteriori. Après avoir détaillé les différents points préalables, on discutera la valeur attribuée à ces énoncés, en dégageant l’idée de monde de référence.

 

Organisation : Elie During et Jean-Michel Salanskis