République des Savoirs

Laboratoire transdisciplinaire du CNRS, ENS et du Collège de France

Soutenance de thèse de Jean Tain


Détails de l’événement

Cet événement s’est terminé le 27 novembre 2023


Soutenance de thèse de
Jean Tain

27 novembre 2023, 14h

Salle Jaurès – ENS – 29, rue d’Ulm – 75005 Paris

« La médiation des textes littéraires
chez
Walter Benjamin et Theodor W. Adorno. »

 
Le jury sera composé de :

Olivier AGARD
Professeur des Universités en études germaniques à Sorbonne Université (Paris), rapporteur.
 
Jacques-Olivier BÉGOT
Professeur des Universités en philosophie à l’Université de Rennes, examinateur.
 
Marc CRÉPON
Directeur de recherches au CNRS, professeur de philosophie attaché à l’École Normale Supérieure, examinateur.
 
Peter E. GORDON
Amabel B. James Professor of History à l’Université d’Harvard, examinateur.
 
Agnès GRIVAUX
Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université de Nantes, examinatrice.
 
Audrey RIEBER
Maîtresse de conférences en philosophie à École Normale Supérieure de Lyon, rapportrice.
 
Perrine SIMON-NAHUM
Directrice de recherche au CNRS, professeure attachée de philosophie à l’École Normale Supérieure (Paris), directrice de thèse.
 
Résumé de la thèse :
Walter Benjamin et Theodor W. Adorno ont tous deux accordé une place très importante au commentaire de textes littéraires dans leur réflexion philosophique. La thèse analyse la relation intellectuelle de ces deux philosophes comme étant travaillée dès ses débuts par une interrogation conjointe, et parfois conflictuelle, sur l’art et la manière d’interpréter des textes littéraires. Bien plus qu’une activité parallèle ou latérale du discours philosophique, les enjeux et problèmes de l’interprétation littéraire ont largement contribué à la définition de la philosophie comme « interprétation » (Deutung) proposée dès la leçon inaugurale d’Adorno de 1932, L’Actualité de la philosophie. Chez Benjamin, l’historicité des œuvres et l’écart temporel entre le texte et son interprétation vont donner progressivement lieu à une méditation prolongée sur la forme de la « constellation » et celle de « l’allégorie ». La thèse entend donc reconsidérer le dialogue entre Benjamin et Adorno à partir de leur théorie et de leur pratique de la critique littéraire, afin de qualifier l’originalité de ces deux auteurs, leur herméneutique implicite et la conception de l’historicité des œuvres qui la sous-tend.
Une première partie du travail se consacre à la reconstruction de ce qui définit l’œuvre littéraire en tant que telle pour les deux auteurs, en tant qu’œuvre de langage tout d’abord, puis en tant que poème. Une seconde partie s’attache à montrer que la critique littéraire est le lieu d’une véritable théorie du concept et des formes du discours philosophique. Elle est donc consacrée à l’étude de certaines des notions les plus originales partagées entre les deux auteurs, reconsidérées à partir de l’interprétation des textes littéraires où elles prennent leur sens premier : la « constellation » (chapitre III), la « critique immanente », la « teneur de vérité » et le concept de « médiation » hérité de Hegel et Lukács (chapitre IV). Enfin, une troisième partie reconsidère le dialogue de Benjamin et Adorno dans son ensemble à partir de la distinction entre « symbole » et « allégorie » proposée par Benjamin dans L’Origine du drame baroque allemand (1928). Cet ouvrage a fait l’objet d’un des premiers séminaires d’Adorno à l’université de Francfort à l’été 1932. On a commenté et traduit les comptes-rendus de ce séminaire pour avoir une image plus juste de la manière dont Adorno s’approprie très tôt les théorèmes de Benjamin et en tire une véritable théorie de l’histoire.
La relation de signification entre allégorie littéraire et philosophie de l’histoire est traditionnelle. La thèse entend montrer comment les deux auteurs renouvellent à leur manière cette tradition de lecture dite « figurale ». On cherche ainsi à expliquer la place que donne Benjamin au concept d’allégorie dans ses premiers projets sur Baudelaire (1938), mais aussi son relatif effacement après ses échange conflictuels avec Adorno. Les deux derniers chapitres de la thèse (VI et VII) s’attachent à questionner la fonction de cette allégorèse moderne pour Benjamin, et à détailler les termes du conflit d’interprétation qui l’oppose à Adorno à propos de la poésie de Baudelaire. Cette polémique de 1938 s’éclaire nettement si l’on tient compte des toutes premières étapes de la discussion entre Benjamin et Adorno. Elle permet aussi de mieux comprendre la notion ultérieure de « modèle dialectique » mobilisée par Adorno dans la Dialectique négative (1966). On conclut ce travail en montrant que l’herméneutique littéraire de Benjamin gagne à être comprise à partir de sa réception adornienne, y compris lorsque celle- ci est source de simplifications ou de malentendus. D’autre part, cet échange intellectuel fait ressortir les traits les plus saillants de la pensée de Benjamin pour Adorno, ce qui s’avère utile pour mesurer la contribution discrète, mais essentielle, de Benjamin à la conception adornienne de la « dialectique », où la pratique de l’interprétation littéraire tient une place stratégique, et cela dès la Dialectique de l’Aufklärung (1947).
 
Mots-clés de la thèse :
Theodor W. Adorno, allégorie, Baudelaire, Walter Benjamin, constellation, critique immanente, dialectique, École de Francfort, esthétique, Georg Lukács, herméneutique, historicité, Hölderlin, littérature, marxisme, matérialisme, médiation, messianisme, métaphysique, philosophie de l’histoire, poétique, romantisme de Iéna, Théorie critique, Trauerspiel.