« Lire les cartes, lire les contes et légendes amérindiennes, lire la musique », dans le cadre des Nuits de la lecture.
Edition 2025-2026
Cette année, l’Atelier de médiation culturelle a porté sur l’exposition « 1725. Des Amérindiens à la cour de Louis XV », co-organisée par le Château de Versailles, le Musée du Quai Branly et les nations amérindiennes.
Les temps forts de la préparation ont été la conférence du commissaire de l’exposition, Jonas Musco, qui a donné lieu à des échanges nourris avec les participants sur l’histoire et les enjeux contemporains de la représentation des cultures amérindiennes, ainsi que la soirée consacrée à la poétesse amérindienne Joy Harjo à la Sorbonne.
Lors de la répétition générale, le 22 janvier, les élèves ont présenté leur travail devant un jury composé de François Andelkovic, consultant, Hélène Boisson, directrice d’ECLA, Mathilde Bruot, cheffe de l’équipe de médiation du Château de Versailles, Edith de Cornulier-Lucinière, éditrice, Sylvia Estienne, maître de conférences au DSA, et Isabelle de Vendeuvre (ECLA-RDS), responsable de l’Atelier.
Les contenus culturels proposés permettaient de s’adresser à un public varié : adultes, enfants, touristes internationaux (médiation bilingue). Le jour J, le 24 janvier, l’équipe, accueillie et guidée par Zoé Ray-Sublet, chargée de projets culturels au Château de Versailles, a pris ses quartiers dans des lieux non ouverts au public. Dans les salles d’exposition, notre médiatrice et nos deux médiateurs ont vu défiler un public de tous âges qui a beaucoup apprécié de se voir expliquer de manière vivante des sujets aussi différents que la représentation de la nature chez les Amérindiens et les multiples usages de la peau de bison, ou encore de revivre l’étonnement de part et d’autre lors de la visite de la délégation amérindienne à la cour de Louis XV et de comprendre le lien avec l’opéra de Rameau Les Indes galantes.
L’Atelier poursuit ses activités l’an prochain et se développe, avec un nouveau partenariat avec le Musée du Moyen-Âge/Cluny et l’École des Chartes-PSL autour de l’exposition « Nicolas Flamel », au premier semestre (octobre-décembre 2026). Au second semestre, l’Atelier investira, comme en 2025, le Domaine de Trianon pour des médiations en extérieur au mois de mai 2027.
Les candidatures se font au mois de septembre, par mail, auprès de la responsable de l’Atelier, Isabelle de Vendeuvre (isabelle.de.vendeuvre@ens.psl.eu)
Retrouvez ici la présentation des médiations par ceux qui les font :
I/ Romain Martino
Lire les cartes : imaginaires européens et amérindiens de la nature.
A travers cette médiation, il s’agira de comprendre la rencontre de 1725 à Versailles comme un choc culturel entre deux conceptions de la nature diamétralement opposées. Nomadisme, totémisme, frontiérisation et utilisation des ressources : les cartes produites par les Européens nous disent beaucoup sur leurs représentations de la nature ainsi que sur le regard qu’ils portent sur la relation des Amérindiens à leur milieu. Plus généralement, ces relations à la nature, si différentes d’une rive à l’autre de l’Atlantique, sont autant de moyens de comprendre les dynamiques de la représentation de l’Autre.
J’étudie actuellement au master « Philosophie de la connaissance, histoire et philosophie des sciences » de l’ENS-PSL. Mes recherches s’articulent d’une part autour d’un mémoire sur la structure et les dynamiques de l’autorité scientifique dans l’usage médicale de l’électricité en France à la fin du XVIIIe siècle. D’autre part, je m’intéresse à l’imaginaire de la nature et aux enjeux éthiques des relations entre humains et autres êtres vivants dans le cadre du séminaire étudiant « L’arbre à la racine ».
II/ Elisa Romilly
Lire les contes et légendes amérindiennes : l’Aigle et le Bison, des mythes aux objets.
Je m’appelle Elisa et je suis en dernière année d’étude à l’Ecole normale supérieure, en Lettres Classiques. Je suis surtout spécialiste d’histoire romaine et je prépare un projet pour une thèse portant sur l’ambiguïté de genre dans la représentation des jeunes filles à Rome. Je suis également présidente d’une association de vulgarisation sur l’Antiquité (les JDA) et j’aimerais plus tard travailler dans un musée d’histoire antique.
Vous connaissez sans doute les contes des frères Grimm, de Perrault ou d’Andersen. Vous avez peut-être grandi avec les fabuleuses histoires de la mythologie gréco-romaine. Peut-être aussi, êtes-vous familier des récits de la Bible. Mais si on quitte l’Occident, connaissez-vous les mythes et les contes des nations amérindiennes ? Connaissez-vous la symbolique cachée derrière les peaux de bisons peintes, les coiffes de guerrier ou les calumets de la paix qu’on peut voir dans les musées ? Tous ces objets, s’ils nous paraissent inanimés, appartiennent à des pratiques culturelles, religieuses, économiques ou encore diplomatiques. Des mythes aux objets, laissez-vous conter les histoires de l’Aigle et du Bison et des œuvres qui leur sont liées.
III/ Nathan Rubene dos Santos
Lire la musique : de Rameau à la Louisiane : musique baroque, exotisme et diplomatie coloniale à l’époque des Indes galantes (1725)
Interpreting music : From Rameau to Louisiana: Baroque Music, Exoticism, and Colonial Diplomacy in the Age of Les Indes galantes (1725)
Starting from Jean-Philippe Rameau’s Les Indes galantes, this presentation invites audiences to « read » music as a political and diplomatic language in its own right. Focusing on the year 1725 and the visit of Louisiana Native American delegates to Paris, it explores how sound, rhythm, and musical form contributed to the construction of a colonial imagination in which exoticism functioned both as spectacle and as a space for critique. Rather than offering a simple portrayal of the Other, Rameau’s music exposes tensions and dissonances that reflect the deeper contradictions of the Enlightenment when confronted with the worlds it sought to dominate, interpret, or symbolically absorb.
À partir de l’opéra-ballet Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, cette médiation propose de « lire » la musique comme un langage politique et diplomatique à part entière. En revenant sur l’année 1725, marquée par la venue à Paris de délégués amérindiens de Louisiane, il s’agira de montrer comment sons, rythmes et dispositifs musicaux participent à la construction d’un imaginaire colonial, où l’exotisme devient à la fois un outil de fascination et un espace de projection critique. Loin d’une simple illustration de l’Autre, la musique de Rameau fait entendre des tensions, des dissonances et des ambiguïtés qui révèlent les contradictions de l’Europe des Lumières face aux mondes qu’elle cherche à conquérir, comprendre ou intégrer.
Nathan dos Santos is a PhD candidate in history at the École normale supérieure. His research focuses on representations of Indigenous peoples and colonial societies in early modern musical and theatrical productions. He is particularly interested in the role of opera in shaping cultural and political identities in the eighteenth century, from Europe to the Americas, drawing on cultural history, musicology, and colonial history.
Nathan dos Santos est doctorant en histoire à l’École normale supérieure. Ses recherches portent sur les représentations des peuples autochtones et des sociétés coloniales dans les productions musicales et théâtrales de l’époque moderne. Il s’intéresse en particulier au rôle de l’opéra dans la construction des identités culturelles et politiques au XVIIIᵉ siècle, de l’Europe aux Amériques, en croisant histoire culturelle, musicologie et histoire coloniale.

