République des Savoirs

Laboratoire transdisciplinaire du CNRS, ENS et du Collège de France

Cycle de conférence : Judith Butler, “Les temporalités du deuil dans le présent”


Détails de l’événement

Cet événement se déroule du 28 février 2024 jusqu’au 13 mars 2024. Sa prochaine occurrence est le 6 mars 2024 16:00


Judith Butler : « Les temporalités du deuil dans le présent »
 
Un cycle de trois conférences de philosophie contemporaine, les mercredis 28 février, 6 et 13 mars, de 16h à 18h15 à l’Ecole normale supérieure – PSL, en salle Jaurès, 29 rue d’Ulm, Paris.
 
Les conférences auront lieu en français. Entrée libre dans la limite des places disponibles, sans inscription préalable.
 
Chaque conférence sera suivie d’une discussion avec un panel composé de plusieurs chercheurs et chercheuses.
 
Les conférences seront normalement enregistrées, et mises en ligne ultérieurement sur le site Savoirs ENS.
 
Ces conférences sont organisées dans le cadre des activités de l’UAR 3608 République des savoirs. Elles se tiennent en écho à l’invitation intellectuelle de Judith Butler au Centre Pompidou pendant la saison 2023-2024.
 
Contact et informations : arto.charpentier@ens.psl.eu
 
Résumé :
 
Dans ces trois interventions, Judith Butler cherche à montrer que de nouveaux cadres temporels sont nécessaires pour penser le deuil et la pleurabilité des vies dans nos conditions historiques, marquées notamment par les effets destructeurs du changement climatique. On présuppose en général que le deuil fait suite à la perte d’êtres humains ou bien d’objets, une perte qui a déjà eu lieu. Mais comment décrire cette situation où nous voyons des espèces et des formes de vie disparaître en même temps que nous anticipons d’autres disparitions à venir ? Pour Judith Butler, il est nécessaire de rompre avec l’anthropocentrisme et de mettre en avant l’interdépendance entre les vivants. Son objectif est de clarifier et prolonger ses analyses sur la « pleurabilité » des vies afin d’englober non seulement les êtres vivants et les processus vitaux qui ont déjà été perdus, mais aussi ceux qui sont encore en vie. En élargissant la pleurabilité au-delà des limites de l’humain, Butler entend dégager une nouvelle orientation conceptuelle qui permette de résister non seulement au changement climatique, mais aussi aux disparitions accélérées qui caractérisent les guerres contemporaines.
 
En prenant pour point de départ les analyses de Freud consacrées au deuil et à la mélancolie, Butler s’attache également à revisiter des textes de Derrida sur le travail du deuil, les considérations de Merleau-Ponty sur la temporalité et la passivité, ou encore le rapport critique de Barthes à la phénoménologie, pour montrer comment ces auteurs nous donnent des outils qui permettent de réorienter notre réflexion sur la temporalité, le deuil et la pleurabilité des vies.
 
Dans des conditions historiques où la perte n’est jamais terminée et reste toujours à venir, comment le passé, le futur et le futur antérieur doivent-ils être redécrits ? Face aux destructions en cours, notre responsabilité selon Butler est non seulement porter le deuil des vies perdues, mais aussi élargir le domaine des vies qui sont susceptibles être pleurées. En outre, il est nécessaire d’imaginer et de résister à ces destructions en cours afin d’éviter une catastrophe encore plus démesurée. De nombreuses temporalités convergent dans ces situations où se conjuguent la perte et l’indignation. C’est pourquoi nous devons repenser les séquences temporelles impliquées dans les récits traditionnels du deuil et de la perte, afin de mieux saisir le caractère multitemporel des destructions actuelles, et surtout de mieux y résister.
 
Panels :
 
Mercredi 28 février :
– Alison Bouffet (Paris Cité / Lille)
– Jean-Claude Monod (CNRS)
– Frédéric Worms (ENS-PSL)
 
Mercredi 6 mars :
– Guillaume le Blanc (Paris Cité, IUF)
– Emmanuel Levine (Paris Nanterre)
– Judith Revel (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
 
Mercredi 13 mars :
– Marc Crépon (CNRS, ENS-PSL)
– Mathieu Potte-Bonneville (Centre Pompidou)
– Jonathan Shmilovitz (ENS-PSL)
– Perrine Simon-Nahum (CNRS, ENS-PSL)