République des Savoirs

Laboratoire transdisciplinaire du CNRS, ENS et du Collège de France

Axes de recherche :

Sujet de thèse :
« La question du dilemme (Ou bien – ou bien) chez Kierkegaard, à l’aune de la psychanalyse et de situations concrètes de soins »

Directeur de thèse
Frédéric Worms (ENS)

Co-directeur
Philippe Büttgen

Année académique d’inscription
2024-2025

Résumé
Par l’entremise de la pluralité de choix qui s’offrent à lui, l’individu peut être déconcerté, déchiré voire tiraillé, face à l’option qu’il va devoir prendre. Ce questionnement décisif traverse l’œuvre de Kierkegaard, qui conceptualise le choix d’une manière très singulière. Il s’agit du dilemme « ou bien – ou bien » (Enten-eller) qui désigne la situation d’une liberté aux prises à une alternative sans solution. C’est par la confrontation existentielle à l’angoisse, suscitée par le dilemme, qu’une voie va se dessiner. En somme, ce qui construit le dilemme, ce n’est pas le fait qu’il y ait une multiplicité d’options, comme c’est le cas du choix tel qu’on le conçoit classiquement, mais la constitution propre du moi qui n’est pas une unité, mais unification perpétuelle à partir d’une scission première. Le sujet, comme esprit, est essentiellement rapport se rapportant à lui-même, de deux termes disjoints. L’angoisse désigne alors l’impression que chaque instant requiert une décision avec la possibilité permanente d’un échec du devenir-soi ; c’est l’extension infinie du domaine du dilemme. C’est cette spécificité du dilemme qui va permettre une articulation entre la philosophie kierkegaardienne et la psychanalyse : le dilemme est ce par quoi l’alternative, en réalité, révèle une fente, une scission, ce que Lacan appelle une « refente » du sujet (Spaltung). Il y a, dans ce dernier quelque chose qui n’est pas unifié, le sujet est lui-même scindé. En psychanalyse, on le théorise par le « stade du miroir » par lequel le bébé opère une première unification de soi par l’image que le miroir lui renvoie de lui-même. Si le dilemme est d’abord choix de soi, il entraîne immédiatement des difficultés, des tensions d’ordre éthique : comment peut-il s’appliquer au choix pour autrui ? La tâche qui sera la nôtre, consistera à interroger la prise de décision dans des situations concrètes de soins, à l’aune de la philosophie kierkegaardienne et de l’apport psychanalytique. Dons d’organes, clonage, procréation assistée, expérimentation sur l’homme, neuro-amélioration biomédicale du sujet non malade : les pratiques médicales posent des dilemmes moraux inédits. En définitive, nous nous proposons de fournir une approche renouvelée de la philosophie kierkegaardienne à partir du concept de dilemme et sous l’éclairage psychanalytique du clivage, afin d’intégrer ces réflexions dans les débats éthiques difficiles auxquels sont confrontés aujourd’hui les équipes médicales et les scientifiques.

Mots-clés
Dilemme, sujet, éthique, bioéthique, morale, doute, clivage, décision, dualité.