Jean Tain

Équipe : CIEPFC/PhilOfr

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Thèse soutenue le 27 novembre 2023.

Axes de recherche

Titre de thèse :

« La médiation des textes littéraires
chez
Walter Benjamin et Theodor W. Adorno. »

Directrice de thèse :
Perrine Simon-Nahum (CNRS)

Année académique d’inscription :
2017-2018

 

Résumé :
Walter Benjamin et Theodor W. Adorno ont tous deux accordé une place très importante au commentaire de textes littéraires dans leur réflexion philosophique. La thèse analyse la relation intellectuelle de ces deux philosophes comme étant travaillée dès ses débuts par une interrogation conjointe et parfois conflictuelle sur l’art et la manière d’interpréter des textes littéraires. Bien plus qu’une activité parallèle ou latérale du discours philosophique, les enjeux et problèmes de l’interprétation littéraire ont largement contribué à la définition de la philosophie comme « interprétation » (Deutung) proposée dès la leçon inaugurale d’Adorno en 1932, L’Actualité de la philosophie. Chez Benjamin, la question de l’historicité des œuvres comme écart temporel nécessaire entre le texte et son interprétation va donner progressivement lieu à une méditation prolongée sur la forme de la « constellation » et celle de « l’allégorie ». La thèse entend reconsidérer la relation intellectuelle entre Benjamin et Adorno à partir de leur théorie et de leur pratique de la critique littéraire, pour mieux dégager l’originalité de ces deux auteurs, leur herméneutique implicite et la théorie de l’historicité qui la sous-tend.
Une première partie de la thèse se consacre à la reconstruction de ce qui définit l’œuvre littéraire en tant que telle pour les deux auteurs, en tant qu’œuvre de langage tout d’abord, puis et en tant que poème. Une seconde partie s’attache à montrer que la critique littéraire n’est pas seulement une manière de faire de la philosophie mais aussi le lieu d’une véritable théorie du concept et des formes du discours philosophique. Les chapitres III et IV sont donc consacrés à l’étude approfondie de certaines des notions les plus originales des deux auteurs : celle de « constellation », de « critique immanente » et de « teneur de vérité », tandis que le concept de « médiation » hérité de Hegel et Lukács est reconsidéré à partir de la spécificité des textes littéraires. Enfin, une troisième partie reconsidère le dialogue de Benjamin et Adorno dans son ensemble à partir de la distinction entre « symbole » et « allégorie » proposée par Benjamin dans L’Origine du drame baroque allemand. Cet ouvrage a fait l’objet d’un des premiers séminaire d’Adorno à l’université de Francfort à l’été 1932. On a commenté et traduit intégralement les comptes-rendus de ce séminaire pour avoir une image plus juste de la manière dont Adorno s’approprie les théorèmes de Benjamin et en tire une véritable théorie de l’histoire. La relation de signification entre allégorie littéraire et philosophie de l’histoire est traditionnelle et hérité de la lecture biblique dite « figurale ». On a voulu montrer que ces deux auteurs la renouvellent et cherchent à en évaluer la validité au sein des œuvres de la modernité capitaliste. Cela explique la place du concept d’allégorie dans les premiers projets de Benjamin sur Baudelaire (1938), mais aussi sa relative absence dans son dernier essai publié sur Baudelaire. Les deux derniers chapitres de la thèse (VI et VII) s’attachent à questionner les raisons profondes de cette allégorèse moderne chez Benjamin, et à détailler les termes du conflit de lecture qui l’oppose à Adorno à propos de Baudelaire. On entend montrer que cette polémique de 1938 s’éclaire nettement si l’on tient compte des étapes antérieures de la discussion entre Benjamin et Adorno. Elle permet aussi de mieux comprendre la notion plus spécifiquement adornienne de « modèle dialectique » exposée dans la Dialectique négative (1966). On conclut ce travail en montrant que l’herméneutique littéraire de Benjamin gagne à être comprise à partir de sa réception adornienne, y compris lorsque celle-ci est source de simplifications ou de malentendus. D’autre part, cet échange intellectuel fait ressortir les traits les plus saillants de la pensée de Benjamin pour Adorno, ce qui s’avère essentiel pour mesurer la contribution discrète mais essentielle de Benjamin à la conception adornienne de la « dialectique », où la pratique de l’interprétation littéraire y tient une place stratégique, et cela dès la Dialectique de l’Aufklärung (1947).

Mots-clés :
Theodor W. Adorno, allégorie, Baudelaire, Walter Benjamin, constellation, critique immanente, dialectique, École de Francfort, esthétique, Georg Lukács, herméneutique, historicité, Hölderlin, littérature, marxisme, matérialisme, médiation, messianisme, métaphysique, philosophie de l’histoire, poétique, romantisme de Iéna, Théorie critique, Trauerspiel.

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