Mathias Goy

Équipe : CIEPFC

Statut : 

Axes de recherche

Titre de thèse :
« La Vie du monde. Lecture de Renaud Barbaras. »

Directeur(rice)(s) de thèse :
Jean-Marc Mouillie
(Université d’Angers)

Année académique d’inscription (ED 540) :
2019-2020

Résumé :
Comment penser la vie ? Cette notion plurielle, qui renvoie autant à la vie organique qu’à l’existence, se situe à la jonction entre nature et culture, et peut ainsi permettre d’aborder l’anthropologie, l’ontologie, la cosmologie et la métaphysique. Déjà au cœur des pensées de Nietzsche et Bergson, la notion de vie est récurrente dans la tradition phénoménologique, jusqu’à devenir centrale chez Michel Henry et Renaud Barbaras. Chacun à leur manière, ces deux auteurs critiquent une impuissance de leurs prédécesseurs à penser la vie. Mais alors qu’elle est conçue avant tout comme auto-affection pure, c’est-à-dire comme vie intérieure, chez Michel Henry, Renaud Barbaras tente de la penser dans une conjonction entre intériorité et extériorité.
Nous avons donc choisi d’opérer une lecture systématique de Renaud Barbaras à la lumière de la notion de vie, au moment même où le vivant est en grande partie détruit dans ses formes naturelles (il conviendra d’ailleurs de se demander si son œuvre permet de penser cette destruction).
Instruit par la lecture merleau-pontienne de Husserl, Barbaras pense d’abord la perception comme désir, puis le désir comme vie, caractérisant la corrélation noético-noématique non plus comme « une conscience et un objet, mais [comme] une vie qui est désir et un monde qui est profondeur pure ». Ce moment anthropologique et ontologique qui s’expose autour des années 2000, est par la suite, dans les années 2010, approfondi, à travers une lecture de Patočka, en un moment cosmologique et métaphysique. D’une part, la phénoménologie dynamique, c’est-à-dire la pensée du sujet comme mouvement phénoménalisant, conduit à une dynamique phénoménologique, c’est-à-dire à la pensée du monde comme mouvement, ce que Barbaras nomme l’archi-vie de la « mondification ». D’autre part, il s’agit de penser une ontogenèse de la finitude propre à rendre possible la vie humaine, désirante et finie, éloignée comme telle de la Vie du monde, laquelle est pure puissance d’affirmation, sans réserve ni lacunes.
Le dernier ouvrage en date de Barbaras, L’Appartenance (2019), cherche à dépasser ce schéma en pensant la capacité phénoménalisante de l’homme depuis son lien à la vie. Mais cet apparent retour à la problématique merleau-pontienne de la chair, de l’appartenance de l’homme au monde, laisse intacte la thèse d’un « mouvement du monde » pensé comme « Vie originaire ». Il aboutit à soutenir par exemple que la vie peut se passer des vivants. N’y a-t-il pas, alors, le risque de manquer à nouveau la vie ?
L’idée d’une « vie du monde » ne nomme ainsi pas tant pour nous une solution qu’une question, qui nous fera poursuivre le dialogue critique de l’auteur avec les penseurs de la vie, Bergson et Jonas notamment, et interroger sa mise à l’écart des sciences ainsi que de la perspective éthique pourtant inhérente à la notion de vie, si celle-ci n’est pas seulement un fait, mais aussi une valeur.

Mots-Clefs : Barbaras, vie, monde, phénoménologie, anthropologie, ontologie, cosmologie, métaphysique.

Curriculum vitae : CV