Journée d’étude : « Rousseau et le corps »


Détails de l'événement

Cet événement s'est terminé le 19 janvier 2023


Journée d’étude

« Rousseau et le corps »

19 janvier 2023
9h-17h30

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Adresse
ENS – 45, rue d’Ulm – Paris Ve
Salle des Résistants

Organisé par
Marie Deschamps (Mathesis/République des savoirs/ENS)

Présentation :

Cette journée d’étude a pour but de redécouvrir le corps comme point de convergence de la philosophie politique, pédagogique et morale de Rousseau. Programme étonnant peut-être, à première vue, dans la mesure où parmi les nombreuses qualifications dont la pensée de Rousseau fait l’objet, celle de « philosophie du corps » n’est pas de celles qui viennent en premier à l’esprit. Il est vrai que le corps fait rarement l’objet d’un discours à part entière dans l’œuvre du philosophe. Décliné selon ses états, ses fonctions ou ses activités, Rousseau en parle souvent sous de multiples noms, derrière lesquels il faut retrouver son unité. Toujours déjà là dans une évidence qui oublie de s’expliquer, toujours supposé et rarement véritablement décrit, le corps chez Rousseau est pourtant loin de se réduire à un simple donné biologique.

Le corps apparaît au contraire dans l’œuvre du philosophe comme une valeur, instrument ultime et modèle indépassable qui, pensons-nous, mérite notre attention. Qu’il s’agisse du corps collectif aussi bien que du corps individuel ; en tant que réalité humaine à organiser, objet d’un programme éducatif et politique, tout autant que comme concept répondant à des besoins philosophiques, le corps occupe une place centrale, si ce n’est primordiale, dans l’œuvre de Rousseau.

Modèle d’organisation et d’intégration fédérant la multiplicité sous une unité fonctionnelle, le « corps politique », d’abord, par opposition à l’agrégat, est pensé comme un programme de société : il s’agit de « faire corps ». Dans le Contrat Social, le modèle d’organisation organique est posé comme le seul capable de créer un ordre politique véritable ; en son existence seule réside l’espoir pour l’homme de vivre en société tout en restant libre.

Mais le corps individuel, celui que chaque homme possède, « mon corps » en un mot, ne cesse pas non plus dans la pensée de Rousseau de se signaler comme valeur à rechercher et à investir de façon privilégiée. D’abord parce qu’il est mon premier et plus fiable instrument de connaissance ; ensuite parce qu’il est le premier moyen de ma liberté. Chez Rousseau, ce n’est en effet que par le corps que toute véritable connaissance s’acquiert et que tout véritable jugement se forme. Apprendre à bien connaître et à bien juger, c’est apprendre à connaître et à juger à partir de son corps. « Nos premiers maîtres de philosophie sont nos pieds, nos mains, nos yeux », peut-on lire dans l’Emile. C’est aussi pourquoi il est l’objet de la première éducation. Le corps est un instrument à affuter et à régler ; il doit être exercé de façon à limiter ses besoins d’un côté et à développer ses capacités de l’autre. L’enjeu ici n’est rien moins que la liberté : le corps donne à chaque homme les moyens de son indépendance tout en les limitant ; ce n’est que par lui que l’on peut apprendre à se soumettre à la nécessité des choses plutôt qu’au caprice des hommes.

Programme :

9:00 | Accueil et présentation de la journée d’étude

9:15–10:15 | Louis Guerpillon (ENS)
« Rousseau, corps et âme »

10:15–11:15 | Christophe Litwin (Princeton University)
« Croissance et plasticité des corps organisés »

11:15 | Pause café |

11:30–12:30 | Johanna Lenne-Cornuez (Lyon III)
« Le corps de l’autre sexe. Rousseau et la femme »

12:30 | Pause déjeuner

14:15-15:15 | Céline Spector (Paris IV)
« L’homme a-t-il un corps ? Sensibilité morale et sensorialité physique dans l’Emile »

15:15-16:15 | Bruno Bernardi (Marseille)
« La voix : corps de l’âme et âme du corps »

16h15 | Pause goûter

16h30–17h30 | Marie Deschamps (ENS)
« Fonder un corps politique. Rousseau à l’épreuve de la critique socialiste française du XIXe siècle »

17h30 | Fin de la journée