Séminaire « Arts et Savoirs: entre France et Chine »


Détails de l'événement

Cet événement se déroule du 12 novembre 2019 jusqu'au 18 décembre 2019. Sa prochaine occurrence est le 28 novembre 2019 17:30

  • Lieu: ENS
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  • Prochaines Dates:

Séminaire

« Arts et Savoirs: entre France et Chine »

2nd semestre 2019

17h30-19h30

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Adresse
ENS – 29 rue d’Ulm – 75005 Paris
(deuxième étage)

organisé par
Yue HU (ED 540/ République des savoirs)

Présentation du séminaire

Le cycle de conférences « L’art et le savoir entre la France et la Chine » invite les chercheurs, éditeurs et artistes au sein ou en dehors de l’ENS à présenter leurs propres recherches, créations ou éditions qui sont toutes liées étroitement avec les échanges, sous différentes formes, entre la France et la Chine.
Les sujets de conférences recouvrent la littéraire, l’histoire, la sociologie, la traduction et la pratique éditoriale. Notre cycle de conférences a pour l’objectif de montrer les différentes facettes du rapport entre la France et la Chine autant que possible, et dans le passé et dans le présent.
Nous inviterons Mme. Nicole Gdalia, poète, chercheuse de CNRS et la directrice des Éditions Caractères à partager avec nous son expérience éditoriale et ses échanges artistiques ou littéraires avec les artistes et poètes chinois, vivant en France ou en Chine dont les œuvres sont soigneusement traduites et publiées sous sa direction pendant ces dernières décennies. Nous accueillerons aussi le jeune chercheur historien Clément Fabre à nous démontrer sa thèse sur la lecture du corps chinois par les occidentaux au XIXe siècle. La jeune sociologue Meng Kou nous montrera ses résultats les plus récents de l’étude sur le terrain en Chine cet été ainsi que sa recherche sur les auteurs français en sciences sociales dans la modernisation en Chine moderne. Le poète et traducteur Zhenyao Qin nous partagera ses expériences de traduction en chinois des œuvres de Bonnefoy et de Corbusier, dernièrement publiées en Chine.
 
Programme
 
12 novembre 2019, salle U207
Clément FABRE
« Interagir avec la Chine: dimensions linguistique et corporelle des relations sino-occidentales au   XIXe siècle »
Résumé
Le double mouvement d’ouverture de la Chine et d’essor de la sinologie que connaît le XIXe siècle érige l’interaction chinoise en véritable enjeu pour les Occidentaux. Il s’agit pour eux, en parvenant à interagir avec Chinois et Mandchous, à la fois de vaincre les réticences qui s’opposent aux relations sino-occidentales, et de développer une connaissance intime de la Chine qui puisse, contre la sinologie de cabinet, ériger la connaissance de terrain en seule sinologie véritable. D’où le développement d’une véritable expertise de l’interaction chinoise, dans ses dimensions linguistique autant que corporelle.

 

28 novembre 2019, salle U205
Meng KOU
« Comprendre la parenté dans les familles d’immigrés chinois à Paris »
Résumé
La sociologie de l’immigration a tendance à s’intéresser aux parcours des enfants d’immigrés ( Beaud, 2018 ; Beauchemin, Hamel et Simon, 2016 ; Attias-Donfut et Wolff, 2009 ; Santelli,2001). Dans le contexte français, l’acclimatation multiculturelle des enfants, l’apprentissage des langues, la socialisation à l’école sont des sujets recurrents. Ces études traitent majoritairement des descendants d’origine africaine et maghrébine. Les descendants de migrants chinois sont encore peu étudiés.
L’éducation, sujet avec une importance pérenne pour les familles chinoises, articule le projet migratoire des parents et la trajectoire de l’enfant, et devient parfois une justification de l’amour parental et une revendication de la jeune génération. Le gap entre générations, le conflit, le compromis, l’espoir de mobilité sociale, l’identité se joignent dans ces pratiques éducatives. Dans quelle mesure les parents migrants adoptent des stratégies éducatives différentiées au cours de différentes périodes? Comment l’éducation façonne-t-elle la parenté et la relation intergénérationnelle ?
Fort est de constater le principe de reconstituer la trajectoire complète en combinant des variables « d’origine » et « d’aboutissement » (Sayad,1977)2. Dans ce sens, la trajectoire de la famille, notamment la double socialisation en Chine et en France, est indispensable pour comprendre le raisonnement en terme de stratégies éducatives et les dispositions scolaires. Ce mémoire d’émigration et d’immigration nuance aussi la relation intergénérationnelle. Quant à la trajectoire des enfants, nous accordons une sensibilité particulière à la temporalité des différents moments pour tracer leur mobilité ascendante ou descendante. Cette observation vise à comprendre tant le rôle de la parenté pratique, notamment dans le domaine de l’éducation qui influence la trajectoire des jeunes descendants d’origine chinoise que le rôle mitigé de l’éducation dans la relation intergénérationnelle.

 

5 décembre 2019, salle U205
Ye XU, Léo DEKOWSKI
« Le sentimentalisme dans la poésie chinoise : découvrir l’Extrême-Orient lyrique par le prisme de la traduction »
Résumé
Le projet de traduction de poésie chinoise que Ye Xu et Léo Dekowski entreprennent, provient avant tout du regret que la poésie chinoise, cette perle extrême-orientale nourrie de sa culture de plus de deux milles ans, reste extrêmement méconnue aujourd’hui en France, et apparaisse comme absconse même pour les rares gens qui ont le courage et la curiosité de s’y intéresser. Certes, il y a déjà beaucoup de traductions publiées, mais elles sont souvent présentées sous la forme de grands volumes et ont tendance à amalgamer des poètes de différentes périodes et de différents styles. A cause de cette exhaustivité qui plonge le lecteur dans un panorama labyrinthique, ces traductions échouent à focaliser son intérêt sur des particularités de la poésie chinoise, pour que celui-ci puisse la comprendre plus précisément et plus profondément.
C’est pourquoi Ye Xu et Léo Dekowski ont lancé ce projet de traduction autour du sentimentalisme, un des éléments essentiels de la poésie chinoise. Si la poésie occidentale a pris son origine dans la mimèsis et a offert un grand nombre de trésors dans les genres relevant du récit comme l’épopée et le théâtre, la poésie chinoise, depuis sa naissance et à travers toute son évolution, est principalement lyrique — elle accorde toujours la première place aux épanchements du sentiment. La poésie chinoise, n’ayant pas l’ambition de raconter l’histoire du monde extérieur, s’intéresse plutôt au moindre détail sinueux et vibrant de l’intimité sentimentale d’un individu. Cependant, la plupart des extériorisations ne sont pas faites par déclaration ou exclamation directe, mais se cachent derrière les métaphores et les références culturelles, ou se projettent dans des paysages décrits de manière très particulière, ou se laissent apercevoir avec une grande ambiguïté propre à la langue poétique chinoise, qui est fortement marquée par une flexibilité et des ellipses syntaxiques.
Les deux traducteurs proposeront aux participants du séminaire une exploration de la vie sentimentale des chinois anciens et de ses expressions lyriques, en lisant ensemble quelques poèmes qu’ils ont traduits. Ils présenteront la génétique méthodologique de leur traduction, ainsi que les problèmes qu’ils rencontrent dans leur pratique de la traduction, et qui reflètent profondément la différence de langue et culture entre la Chine et la France.

 

18 décembre 2019, salle U209
Zhenyao QIN, (ENS-Ulm, Lila/CIEPEC)
« Traduire au chinois les poèmes tardifs d’Yves Bonnefoy : les dérivations du poétique »
Résumé
Blanchot nous rappelle dans L’Amitié : « la traduction n’est nullement destinée à faire disparaître la différence dont elle est au contraire le jeu ». Le « jeu » : la traduction « joue » avec la différence langagière, car la différence en constitue, selon lui, à la fois la « vie même » et le « devoir auguste ». Ce qui importe, c’est de respecter et de garder le fossé infranchissable entre deux langues et entre deux cultures, avant d’essayer de les laisser dialoguer d’une façon égale. Les poèmes d’Yves Bonnefoy (1923-2016), un des poètes français les plus importants de la seconde moitié du siècle dernier, ne sont traduits en chinois que récemment, et la réception des œuvres de Bonnefoy en Chine ne date que des vingt dernières années. Pour être précis, on peut affirmer que cette traduction s’effectue dans le langage poétique contemporain chinois, qui appartient naturellement à la langue chinoise moderne, et en même temps, qui diffère, toutefois, de l’usage courant et « ordinaire » de cette langue. Cette traduction et sa réception, initialement autour de ses trois premiers recueils, notamment Du mouvement et de l’immobilité de Douve (édition originale parue   en 1953), sont par ailleurs liées aux changements esthétiques en Chine depuis les années 1990. Dès le  XXIème siècle, cependant, l’enthousiasme en Chine de traduire et de lire la poésie étrangère a régressé : cette poésie n’était plus alors une ressource rare, et un poète récemment traduit tombait plus vite dans l’oubli. Malgré ce contexte historique, Bonnefoy est quand même discuté dans de petits cercles grâce à ses poèmes et essais excellents ; sans oublier qu’un an avant sa mort, deux maisons d’édition chinoises ont décidé de publier les traductions de ses quatre recueils d’essais et de deux recueils poétiques plus récents : Les Planches courbes (2001) et La Longue chaîne de l’ancre (2008). En tant que traducteur des Planches courbes – cette traduction chinoise est parue en juillet 2019 – Zhenyao QIN présentera comment un dialogue poétique franco-chinois, aussi illusoire que réel, se réalise dans la plus récente traduction de Bonnefoy, mais il évite de s’appuyer sur l’ancien mode d’interprétation qu’on peut nommer « influence-réception ». Il se concentra sur la formation de la « grammaire poétique », c’est-à-dire le déploiement langagier de poésie, dont l’écart est très visible dans l’usage contemporain des deux langues, le français et le chinois ; et également, l’intraduisible s’incarne dans les disparités que représentent les schémas esthétiques et méthodologies d’écriture dans les poésies contemporaines auxquelles correspondent ces deux langues.

Entrée libre dans la limite des places disponibles