Organisation : Willy Ramos Delvalle (Chaire Géopolitique du Risque/ENS) et Lissa Lincoln (République des Savoirs/ENS)
Adresse :
ENS – rue D’Ulm – Paris Ve
Présentation
La colonialité du pouvoir reste active sur le plan mondial, mais comment la démanteler ? Le séminaire « Décoloniser la pensée : regards autochtones » part des théories postcoloniales et décoloniales en vue de constituer un espace de convergence des pensées et luttes avec l’Autre radical contre lequel la Modernité s’est construite : l’ « Amérindien » (Toledo 2021 ; Blanco, Delgado 2021). Nous souhaitons aller au-delà, en invitant aux séances du séminaire des répresentant.e.s des peuples autochtones de divers continents. Compte-tenu de l’exclusion des peuples autochtones de l’architecture du pouvoir et de la raison moderne, la co-construction d’un monde avec la vision politique des peuples autochtones est susceptible de constituer l’alternative radicale envisagée (Quijano 2020). Le séminaire vise à réfléchir à la construction de sa mise en œuvre.
Programme :
22 janvier 2026, 18h-20h, espaces Lettres 1 & Lettres 2 (45, rue d’Ulm)
Titre de l’intervention :
Petu Mongeleiñ : Nous sommes toujours vivants. Cosmovision et résistance territoriale, culturelle, linguistique et spirituelle du peuple Mapuche à travers l’art et la pédagogie
Intervenante :
Karen Wenvel
Biographie : Chanteuse, conteuse et éducatrice interculturelle Mapuche. Wenvl a consacré une grande partie de sa carrière à promouvoir le patrimoine musical et linguistique Mapuche. Créatrice de la méthode Choyün, un système éducatif qui cherche à revitaliser le Mapudungun à travers le mot rendu en mélodie, sous le postulat selon lequel le cerveau humain est dessiné à enregistrer des codes sonores pour le reste de sa vie, ce qui se traduit comme un important outil qui facilite l’apprentissage de la langue de communautés qui risquent la perte de la continuité de leur usage, met en lumière la parole originaire comme porteuse de concepts cosmologiques profondément pertinents pour comprendre la connexion spirituelle des peuples originaires avec l’être et la nature. En amenant ses chansons et histoires à des paysages comme le Chili, Euskadi et la Bretagne, on contribue à des projets de revitalisation linguistique auprès de communautés qui préservent de langue comme l’Euskera et le Breton.
Wenvl est diplômée d’une licence en Art mention musique de l’université du Chili. Elle a été membre de la Chaire Autochtone au sein de la même institution, où elle est également diplômée en éducation interculturelle, en y menant des études de linguistiques et politique publiques adressées aux peuples originaires au Chili.
Créatrice du projet Kom pu Ülkantun, Todos los Cantos (Tous les Chants), elle envisage de promouvoir le chant communautaire pour honorer la différence en conscience de l’unité et de la démocratie culturelle, car elle met sur le même plan de valeur la musique chorale traditionnelle européenne et les chants des cultures minorées et langues menacées. Elle est basée en France depuis 2025 grâce à un passeport talent culturel.
Résumé : Au sein de cette communication, on travaillera en cercle et l’on initiera par un conte interactif, « Tous faisons partie d’un grand réseau, la Mère Terre », créé pour expliquer le concept d’Itxofil Mongen (le réseau de la vie). Ce concept reflète l’interconnexion sacrée entre les êtres humaines, la terre (Ñuke Mapu) et touts les éléments de la nature. Le conte est né en 2012 dans le cadre d’une manifestation pacifique en réponse à la violence étatique contre les communautés Mapuche, y compris par des attaques et blessures infligées à des enfants à la grenaille. Depuis, les laines symbolisées par ce réseau ont été tissés à des différents territoires et publics, depuis les communautés Mapuches au Chili, au Pays Basque et en France, en transmettant l’importance de voir la terre comme une mère qui donne de la vie et non pas comme une ressource naturelle dont il faut administrer.
Dans le cadre de la communication, on présentera la chanson « Meli Troy, cuatro partes [quatre parties] », qui aborde le concept de « Gens » depuis la vision quadridimensionnelle Mapuche : corps, tête, cœur et esprit. Cette chanson a été apprise par 75 enfants âgés de 8 à 10 ans de l’école Michelet, auprès de professeurs et parents, et a été également présentée à la clôture de la 18ème Quincena de la Solidaridad Internacional de Fontenay-sous-Bois.
Le séminaire se clôturera avec la projection de vidéo documentaire régistrant le processus d’apprentissage de la chanson, sous la réalisation de Raquel Almanza Alatorre, cinéaste mexicaine basée à Paris. Actuellement, Raquel Alatorre est masterante en Anthropologie visuelle et cinéma documentaire à l’université Paris Nanterre. Son travail documentaire les liens entre musique et langues autochtones d’Amérique latine, en soulignant comment ces dernières servent d’outil de résistance dans le cadre de la transmission des savoirs ancestraux. En outre, on partagera de réflexions de la communauté éducationnelle participante de ce processus.
Dans un contexte comme celui du Chili, où l’extractivisme et la criminalisation de la défense de la nature constituent une réalité, ces œuvres artistiques et pédagogiques contribuent à rendre visibles les raisons de la résistance territoriale, culturelle et linguistique du peuple Mapuche. La communication abordera également le contexte historique, social et politique des revendications du peuple Mapuche, en mettant en avant comment l’art et la pédagogie peuvent partager de manières de compréhension du monde des premières nations, lesquelles promeuvent l’harmonie avec la Mère Terre et la conscience de Communauté.
Mots-clés : Itxofil Mongen, cosmovision Mapuche, résistance autochtone, pédagogie décoloniale, art comme résistance, réciprocité, communauté, Ñuke Mapu.
19 mars 2026, 18h-20h, Salle Camille MARBO (U205), bâtiment Jaurès (29, rue d’Ulm)
Titre : L’effectivité des politiques ethniques-educationnelles pour les peuples autochtones au Brésil
Résumé :
– Discuter comment les politiques publiques tournées vers l’éducation autochtone au Brésil ont cherché à garantir le respect à la diversité culturelle, linguistique et territoriale des peuples autochtones ;
– Parler à propos de la mise en place de l’enseignement scolaire autochtone différentié, la formation de professeures autochtones, la production de matériels didactiques et le rôle de l’État dans le cadre de la promotion d’une éducation qui prenne à coeur les savoirs traditionnels ;
– Discuter des défis confrontés – tels l’absence de ressources, invasiones territoriales, barrières linguistiques, préjués et instabilités politiques.
– Réfléchir à propos de l’importance de l’éducation comme instrument de renforcement identitaire et d’autonomie des communautés autochtones
Biographie: Consuelem Sarmento appartient à l’ethnie Macuxi et réside à la municipalité de Normandia, au nord de l’état fédéré de Roraima, au Brésil. Elle est titulaire d’un diplôme en Pédagogie de l’université fédérale de Roraima (UFRR). Institutrice au collège autochtone d’enseignement primaire de l’État de Roraima Índio Luiz, situé à la communauté autochtone Linha Seca, elle développe un travail focalisé sur l’éducation interculturelle et à la valorisation des savoirs des peuples premiers.
Elle est professeure d’étudiants de premier cycle de la licence en Pédagogie interculturelle dans le cadre du Plan National de Formation de Professeurs de l’Enseignement Primaire (PARFOR). Actuellement, elle est doctorante en Education de l’université fédérale de Roraima (UFRR) et mène un échange à l’université Paris 8, en France, via le Programme Guatá.
Version en portugais
Título: A efetividade das políticas étnico-educacionais para os povos indígenas no Brasil
Resumo:
– Discutir como as políticas públicas voltadas à educação indígena no Brasil têm buscado garantir o respeito à diversidade cultural, linguística e territorial dos povos originários.
– Falar sobre implementação da educação escolar indígena diferenciada, a formação de professores indígenas, a produção de materiais didáticos específicos e o papel do Estado na promoção de uma educação que valorize os saberes tradicionais.
– Discutir os desafios enfrentados — como falta de recursos, invasões territoriais, barreiras linguísticas, preconceito e instabilidades política.
– Refletir sobre a importância da educação como instrumento de fortalecimento identitário e de autonomia das comunidades indígenas.
Biografia: Consuelem Sarmento é da etnia Macuxi e reside no município de Normandia, no norte do estado de Roraima, Brasil. É formada em Pedagogia pela Universidade Federal de Roraima (UFRR). Atua como professora da Educação Básica na Escola Estadual Indígena Índio Luiz, localizada na Comunidade Indígena Linha Seca, desenvolvendo um trabalho voltado à educação intercultural e à valorização dos saberes dos povos originários.
É professora formadora de acadêmicos do curso de Licenciatura em Pedagogia Intercultural, no âmbito do Plano Nacional de Formação de Professores da Educação Básica (PARFOR). Atualmente, é doutoranda em Educação pela Universidade Federal de Roraima (UFRR) e realiza intercâmbio acadêmico na Université Paris 8, na França, por meio do Programa Guatá.
30 mars 2026, 18h-20h, salle Nicolas Bourbaki, 29 rue d’Ulm,
Titre : Une Autochonéctique de la Paix : en expérience initiatique, émancipatrice, de décolonisation des imaginaires coloniaux
Intervenant : Denis Pourawa, poète écrivain chercheur Autochtonéctique
Dans ce séminaire je vais présenter un objet cérémoniel ancestral kanak (Nââkwéta) ou tenter de vous faire découvrir le cheminement d’une pensée autochtone de l’Océanie Pacifique, ici une « pensée kanaké » de l’objet cérémoniel ou objet ancêtre de la paix. Comment comprendre et traduire une pensée autochtone à travers la transmission d’une mémoire orale inscrite dans une pierre de jade de montagne ? Comment les ancêtres kanak transmettaient leurs sciences d’une philosophie du vivant ? Le sujet de cet objet d’étude est passionnant, à savoir comment un objet initiatique vivant peut déconstruire la propagande intellectuelle coloniale raciste par des arguments d’une science ancestrale investie d’une « pensée originelle » agissante, sur son environnement direct. Et de quelle manière scientifique et politique une connaissance initiatique ancestral kanak permet de renverser les récits coloniaux racialistes les plus irréductibles.
Chercheur Autochtonéctique, le statut coutumier kanak définit l’expertise scientifique en la « pensée kanaké » de l’initiatique ancestrale. Un savoir empirique longtemps ignoré mais toujours vivace en terre clanique kanak. Initié à l’école de la parole mélanésienne kanaké de mes anciens (clan Purawa), ayant quitté volontairement le cursus scolaire en classe de 3 -ème pour des raisons politiques et culturelles, puis adolescent engagé dans des groupes autonomes militants, pratiquant en autodidacte les outils d’analyses critiques révolutionnaires marxistes, devenu scrupuleux lecteur des philosophes des Lumières et intransigeant critique des anthropologues, ethnologues et sociologues contemporains, c’est au fil du temps une humble conscience qui s’est forgée avec le discours politique culturel kanak de « reformulation permanente » né de l’esprit de Jean-Marie Tjibaou. J’interroge avec modestie et avec exigence la société, le modèle des uns et l’adaptation des autres. Analysant et confrontant le discours muséal de la possession des objets face à la revendication kanak vivante, immuable, de restitution des objets, de sa mémoire et sa « pensée kanaké».
Être Autochtone c’est peut-être cette chance. Pour conclure, « dire et faire » est une parole traditionnelle en Kanaky Nouvelle-Calédonie souvent utilisée dans les discours coutumiers kanak pour responsabiliser les jeunes générations devant une tâche à réaliser, et c’est une « pensée kanaké » ici l’objet de ma communication sur une Décolonisation des imaginaires coloniaux.
Biographie : Par mes débuts en écriture, de mes initiations traditionnelles auprès de mes anciens du pays coutumier Xârâcùù, ce qui s’entend hèrèsùù, traduit « parole d’ouverture ou parole tracée », précisément en terre Bwëërawa-Mérénémé, très tôt j’ai reçu en transmission le langage de la « parole tracée », celui du gravé sur les roches, sur le bambou, sur le bois, ce qui m’a tout naturellement conduit à poursuivre mon geste et ma pensée d’écriture sur le papier et vers l’édition. Mon travail consiste depuis quelques années à retrouver les traces silencieuses de mes anciens du clan, traces de vies toujours présentes à travers des objets important de ma culture (sculpture, bambou gravé, poterie, ossement, tapa, pierre…) qui furent dispersés dans les musées du monde depuis la prise de possession de mon pays la Nouvelle-Calédonie par la France en 1853. Ce long cheminement de recherche je l’ai nommé la « décolonisation des imaginaires coloniaux » de la mémoire des objets kanak dans les musées. Pour poursuivre mon cheminement d’écriture, je me suis installé en France en 2009, d’où j’ai parcouru l’Europe sur le champ des arts dans le milieu du théâtre et de la performance artistique. Actuellement je continue mes recherches sur les objets kanak et je continue également mon travail d’écriture poétique sur l’oralité kanak. En 2023 j’ai intégré l’Association pour la Recherche sur le Développement des Compétences de l’université de Paris-VIII (ARDéCO). J’ai contribué en 2024 en tant qu’artiste kanak international à l’exposition RENCONTRES au musée du MEG de Genève. D’une publication à l’autre, entre autres La Tarodière en 2010 et Ton âme corail en 2023, j’écris des recueils de poésie et je publie des articles scientifiques qui traitent de mes recherches, de mes questionnements sur l’humanité et ma « décolonisation des imaginaires coloniaux ».

