Henri Bergeron, directeur de recherche au Centre de sociologie des organisations de Sciences Po (CNRS et Sciences Po), nous fait part d’un travail en cours sur la gestion de la crise en France et sur le lien entre expertise et décision publique en France.
Résumé des principaux éléments abordés lors de cette séance
Pourquoi la crise a-t-elle menée à créer de nombreuses nouvelles structures organisationnelles (conseils, cellules, missions…) plutôt qu’à recourir aux structures déjà existantes ?
Il y a une croyance générale en politique que la création de nouvelles organisations réglera les problèmes. Cependant, dans ce cas précis, Henri Bergeron fait l’hypothèse qu’il s’agit plutôt d’une stratégie spécifique pour conserver une autonomie politique. Les décisions importantes étaient informées par l’avis des scientifiques, mais elles étaient prises en petit groupe, plutôt qu’en passant par les structures existantes, par définition plus inertes.
Est-ce que cette stratégie d’autonomisation a fonctionné ?
En réalité, il y avait une asymétrie entre les connaissances des membres du Conseil Scientifique et celles du gouvernement, qui dépendait donc du Conseil pour prendre des décisions. C’est pourquoi, selon Henri Bergeron, une autre stratégie a été employée ensuite pour se détacher du Conseil Scientifique : faire appel à de multiples experts individuels, en substituant une expertise par une autre au besoin. Mais dans tous les cas, il existe forcément des liens d’interdépendance complexes dans un contexte de crise sanitaire où les politiques avaient un impératif de fonder leurs décisions sur la science.
Ces tensions sont-elles spécifiques à la crise pandémique ?
Si la crise exacerbe les tensions et problèmes organisationnels, ces problèmes d’action collective et de gestion des relations de pouvoir ne sont pas d’une nature si différente que dans le fonctionnement routinier des politiques publiques. La sociologie permet d’éclaircir ces situations.
Présentation du séminaire
Le séminaire « Les temps de la pandémie » organisé par la République des savoirs s’est tenu pendant les deux années académiques 2021-22 (consulter le programme) et 2022-23 (consulter le programme), la deuxième année en coopération avec des collègues du département de philosophie de l’université de Créteil. Il s’est intéressé aux questions de sciences, de politique et de politique des sciences qui ont été posées à l’occasion de la pandémie.

