Daniel Benamouzig, directeur de recherche au centre de sociologie des organisations de Sciences Po (CNRS et Sciences Po), directeur de la Chaire santé de Sciences Po, membre du Conseil Scientifique Covid-19, nous parle de l’effet de la pandémie sur notre perception et construction sociale du temps.
Résumé des principaux éléments abordés lors de cette séance
Daniel Benamouzig a été membre du Conseil scientifique mis en place lors de l’épidémie de Covid-19. Il revient, dans cette conférence, sur son expérience au sein de ce Conseil et montre que la pandémie a engagé une réflexion profonde sur notre rapport au temps.
La pandémie a-t-elle eu un impact sur notre perception du temps ?
Selon Daniel Benamouzig, nous avons globalement perçu une entrée dans l’événement et une différence avec un « monde d’avant ». La Covid-19 a aussi introduit deux temporalités très structurantes dans notre quotidien : le temps de la maladie (délais d’incubation, évolution des symptômes, guérison, etc.…), et le cycle de la pandémie avec des vagues récurrentes.
Quelle temporalité suivait le travail d’expertise au sein du Conseil Scientifique ?
La temporalité subjective des personnes impliquées s’est articulée avec la temporalité collective :Daniel Benamouzig nous raconte une accélération temporelle brutale lors de l’entrée dans l’événement et dans le rôle d’expert, puis un grand soulagement à la fin. Au quotidien, la temporalité du Conseil Scientifique était rythmée par les réunions collectives et la production d’écrits, datés à l’heure près pour des échéances importantes.
Comment le temps de l’expertise s’articule-t-il avec les temporalités des autres acteurs ?
Les acteurs qui partagent des activités spécifiques partagent aussi des temporalités spécifiques, qui ne sont pas celles d’autres activités. La temporalité de la connaissance, de la recherche et de l’expertise n’est pas la même que la temporalité politique, ou encore que la temporalité des médias. Ce phénomène peut être décrit en sociologie par la notion d’involution : les acteurs, par leurs activités collectives, construisent socialement des formes de rapport au temps différenciées selon leurs activités. Durant la pandémie, il y avait à la fois une synchronie globale des acteurs sur le temps de la pandémie, mais aussi une dyschronie marquée des différents temps publics qui s’articulaient difficilement.
Ecouter la présentation de Daniel Benamouzig en audio
Présentation du séminaire
Le séminaire « Les temps de la pandémie » organisé par la République des savoirs s’est tenu pendant les deux années académiques 2021-22 (consulter le programme) et 2022-23 (consulter le programme), la deuxième année en coopération avec des collègues du département de philosophie de l’université de Créteil. Il s’est intéressé aux questions de sciences, de politique et de politique des sciences qui ont été posées à l’occasion de la pandémie.

