République des Savoirs

Laboratoire transdisciplinaire du CNRS, ENS et du Collège de France

Projet Re-Contract

Image du projet Re-Contract
Crédits image : NOSELFIX

English below

Question directrice

Se souviendra-t-on de notre époque seulement comme d’un temps de perte de valeurs communes et de ce qui fonde le vivre ensemble? S’en souviendra-t-on uniquement comme d’une ère anxiogène, peu propices à une projection vers l’avenir, individuelle ou collective, en lien avec une multiplication de risques et en particulier de risques systémiques?
Plusieurs enquêtes (Europe, OCDE, Nations Unies …) attestent du sentiment d’une telle perte, éprouvé par les individus, les familles et les groupes sociaux, tandis que les acteurs de la gouvernance, publics ou privés, à l’échelle nationale comme internationale, suivent avec la plus grande attention le développement de ces risques et de troubles et problématiques multiples et imbriqués, qui s’apparentent à une polycrise.
Dans ce contexte, quels leviers d’action pouvons-nous identifier et mettre en oeuvre pour recréer une histoire commune ? Comment retrouver une capacité individuelle et collective de projection dans l’avenir, elle-même essentielle pour nourrir au temps présent l’action dans la perspective d’un destin partagé ?

Hypothèse de recherche et état de l’art

Le projet Re-Contract met au centre de la réflexion l’enjeu du contrat social, en tant que proposition visant à rendre compte et à orienter la manière dont une société s’organise politiquement et entend en premier lieu garantir la sûreté à ses membres.

Ce projet fait l’hypothèse que la théorie du contrat social constitue un cadre fécond pour répondre à cette question, moyennant un certain nombre de refontes, liées au contexte contemporain. Il convient notamment de tenir compte de deux éléments saillants de l’état de l’art : la philosophie du contrat social ne s’est pas encore saisie de la question des risques systémiques ni de l’ensemble des acteurs impliqués dans leur prise en compte, leur analyse et le fait d’y « faire face » en tant que société.

Le projet concentre son analyse sur le lien de confiance, fondamental dans ce cadre théorique du contrat social, et sur ce qui le met à l’épreuve dans ce contexte de risques systémiques : confiance des citoyens entre eux, des citoyens envers les institutions au sens large du terme et envers les acteurs privés et publics de « la gouvernance ».
Tous les risques systémiques identifiés à ce jour renvoient à des facteurs de fragilisation de la vie collective, mais tous ne mettent pas en cause au même titre l’engagement individuel et collectif dans un projet politique commun fondé sur cette confiance et orienté vers l’action dans le présent et vers un futur partagé. Trois enjeux contemporains semblent particulièrement mettre à mal ce lien de confiance : la désinformation comme risque pour la démocratie; la capacité de la société à traiter ses dissensions internes sur l’action à déployer face à la crise climatique et environnementale planétaire; la capacité de la société à définir, dans le contexte démographique et sanitaire contemporain, son modèle de protection sociale intergénérationnelle et de l’accompagnement tout au long de la vie.
Et dans l’optique d’un contrat social, il devient crucial de s’assurer d’une appropriation des connaissances sur ces risques par les citoyens, lorsqu’elles existent, et d’une capacité de chacun à agir en fonction d’elles, a fortiori si le principe de prévention en vient à structurer la gestion politique et assurantielle des risques. Le projet s’intéressera donc de manière privilégiée à cet enjeu de la constitution et d’un partage d’une connaissance des risques et aux conditions de possibilités de son usage, en particulier lorsque ces risques se constituent « à bas bruit » au fil du temps et paraissent mal identifiés, ou connus mais peu pris en compte.

Méthodologie

Sur le plan des compétences scientifiques, la philosophie constitue la colonne vertébrale du projet, en particulier ses volets liés à la théorie du contrat social* et à la philosophie des sciences (appréhension du risque, santé publique).
* en particulier, la production théorique qui s’est intéressée aux sous-thèmes suivants : théorie de la délibération politique, réflexion sur les échelles du contrat social (national, supra-national), proposition d’intégration de la crise climatique au contrat social ou contrat naturel selon l’expression de Michel Serres.
À partir de cette colonne vertébrale, le projet développera une approche intégrative engageant des collaborations avec la recherche en droit, la science politique, la recherche sur les littératures et les arts. Il ouvrira un dialogue avec la théorie du choix social, et au-delà des sciences humaines et sociales, avec les mathématiques probabilistes (notamment sur le volet des calculs de risques, notamment liés aux changement climatique).

Porté pour une durée de 36 mois à partir du 1er octobre 2026 par Marie Gaille, philosophe, directrice de recherche au CNRS, ce projet se déploie avec le soutien du Fonds AXA pour le Progrès Humain. Il est accompagné d’un conseil scientifique composé de Soraya Boudia, Nicolas Duvoux, Marc Hoffmann, Guillaume Le Blanc, Céline Spector.

Presentation in English

Guiding Question

Will our era be remembered only as a time of eroding shared values and of the foundations of living together? Will it be recalled solely as an anxiety-ridden age, ill-suited to individual or collective projection into the future, in connection with a proliferation of risks—particularly systemic risks?
Several surveys (European surveys, OECD, United Nations, etc.) attest to the sense of such a loss, as experienced by individuals, families, and social groups, while governance actors, both public and private, at national and international levels, monitor with the utmost attention the development of these risks and of the multiple, interlocking disturbances and problems that together amount to a polycrisis.
In this context, what levers of action can we identify and put into practice in order to recreate a shared future? How can we recover an individual and collective capacity for projecting ourselves into the future—a capacity that is itself essential for sustaining present-day action in the perspective of a shared destiny?

Research Hypothesis and State of the Art

The Re-Contract project places at the centre of its inquiry the question of the social contract, understood as a framework aimed at accounting for and orienting the way in which a society politically organizes itself and seeks first and foremost to guarantee the safety of its members.
The project hypothesizes that social contract theory constitutes a fruitful framework for addressing this question, provided that a number of revisions are made in light of the contemporary context. In particular, two salient elements of the state of the art must be taken into account: social contract philosophy has not yet addressed the question of systemic risks, nor the full range of actors involved in their consideration, their analysis, and the societal response to them.

The project focuses its analysis on the bond of trust, which is fundamental within this theoretical framework of the social contract, and on what puts it to the test in this context of systemic risks: trust among citizens, trust of citizens in institutions in the broad sense, and in the public and private actors of « governance. »
All systemic risks identified to date point to factors that weaken collective life, but not all of them challenge, to the same degree, individual and collective commitment to a shared political project grounded in this trust and oriented toward action in the present and toward a shared future. Three contemporary challenges appear particularly corrosive of this bond of trust: disinformation as a risk to democracy; society’s capacity to handle its internal disagreements over the action to be taken in the face of the planetary climate and environmental crisis; and society’s capacity to define, in the contemporary demographic and health context, its model of intergenerational social protection and of support throughout life.
And from the standpoint of a social contract, it becomes crucial to ensure that citizens appropriate existing knowledge about these risks and that each person is able to act on the basis of it—all the more so if the precautionary principle comes to structure the political and insurance-based management of risks. The project will therefore give privileged attention to this challenge of constituting and sharing knowledge of risks, and to the conditions that make its use possible, particularly when these risks build up « quietly » over time and appear poorly identified, or known but insufficiently taken into account.

Methodology

In terms of scientific expertise, philosophy constitutes the backbone of the project, particularly its branches relating to social contract theory* and the philosophy of science (the apprehension of risk, public health).
• In particular, theoretical work that has addressed the following sub-themes: the theory of political deliberation; reflections on the scales of the social contract (national, supranational); proposals for integrating the climate crisis into the social contract, or « natural contract », according to Michel Serres’s expression.

Building on this backbone, the project will develop an integrative approach involving collaboration with research in law, political science, and literary and artistic studies. It will open a dialogue with social choice theory and, beyond the humanities and social sciences, with probability theory (particularly regarding risk calculations, especially those related to climate change).

Led for a period of 36 months from 1 October 2026 by Marie Gaille, philosopher and Research Director at the CNRS, this project is carried out with the support of the AXA Fund for Human Progress.
It is accompanied by a scientific council composed of Soraya Boudia, Nicolas Duvoux, Marc Hoffmann, Guillaume Le Blanc, and Céline Spector.

Contact : marie.gaille@ens.psl.eu ou marie.gaille@cnrs.fr

Marco Dal Pozzolo est postdoctorant dans le cadre du projet Re-Contract. Il est chercheur associé au Centre Caphés CNRS-ENS et au laboratoire LIR3S de L’Université Bourgogne Europe. Il est également membre du Centre Canguilhem de l’Université Paris Cité. Il est auteur d’une thèse intitulée « Le pathologique et son milieu : perspectives philosophiques sur le stress à partir de Georges Canguilhem ». En 2025 il a mené une recherche postdoctorale au CHU de Dijon financée par la Chaire Valeurs de soin (Lyon 3).

Marco Dal Pozzolo
Marco Dal Pozzolo

Marie Gaille est philosophe, directrice de recherche au CNRS, membre de La république des savoirs et professeure associée au département de philosophie de l’école normale supérieure.
Rôle dans Re-contract : porteuse du projet
https://cv.hal.science/marie-gaille
https://philosophie.ens.psl.eu/CV-de-Marie-Gaille.html
https://republique-des-savoirs.fr/membres/marie-gaille/

Marie Gaille
Marie Gaille

Davide Liggi prépare une thèse en philosophie sur « Gouverner un risque fait de mots. Désinformation, confiance et contrat social », sous la direction de Mathias Girel. Formé à l’Université de Bologne, il travaille sur la philosophie politique moderne et contemporaine, l’épistémologie sociale et l’espace public à l’ère des plateformes numériques.
Page personnelle sur le site de La république des savoirs : à venir
https://www.unibo.it/sitoweb/davide.liggi2/

Davide Liggi
Davide Liggi

Colloques

2 octobre 2026, intervention dans un colloque
Marie Gaille, Risque ou care ou risque et care ? Déceler l’invisible, soigner, dans le cadre du colloque Résiliences, résistances, futurs communs:
https://republique-des-savoirs.fr/events/event/resiliences-resistances-futurs-communs/

5 novembre 2026, intervention dans un colloque
Marie Gaille, Fare i conti con la vulnerabilità e l’incertezza. Con e oltre Hannah Arendt, Il volto plurale della libertà. Convegno internazionale, Università di Padova, 5 novembre 2026

25-30 novembre 2026, séjour de recherche invité
Alice Koubova, philosophe, membre de l’Institut de philosophie, Académie des sciences de la République tchèque

Tables-rondes

Séminaires

 

Texte à venir

Texte à venir (pour futurs liens vers des interviews filmés)