République des Savoirs

Laboratoire transdisciplinaire du CNRS, ENS et du Collège de France

Colloque international « Colonialité et autochtonie dans les Amériques »


Détails de l’événement

Cet événement s’est terminé le 05 juin 2026


English version, versión en español, versão em português.

Lieu : ENS, 45 rue d’Ulm (Paris)

Organisation :

Willy Delvalle, doctorant, Chaire Géopolitique du Risque (ENS), République des Savoirs UMR 8241
Yuwey Henri, Nation Kalin’a Tɨlewuyu, poète, écrivaine, penseuse et militante
Lissell Quiroz, professeure des Universités, CY Cergy Paris Université, AGORA EA 7392, IUF
Ana Carolina Delgado Teixeira, professeure, Université Fédérale de l’Intégration Latino-Américaine

Comité scientifique :

Willy Delvalle, doctorant en science politique, Chaire Géopolitique du Risque/République des Savoirs UMR 8241 (ENS/PSL)
Keywa Henri, artiste Kalin’a Tɨlewuyu et chercheuse indépendante
Gerson Galo Ledezma Meneses, professeur des universités, Yanacona, université fédérale de l’intégration latino-américaine (UNILA)
Moira Millán, écrivaine, activiste et weychafe Mapuche
Diana T’ika Flores Rojas, activiste Aymara et doctorante en Sociologie, université pontificale catholique du Pérou (PUCP-trAndeS)
Karen Wenvel, chanteuse Mapuche, conteuse et dramaturge

 

Argumentaire scientifique

« Je voudrais qu’un cri sorte de ma gorge. Je n’y arrive pas. […] Je hurlerais mon propre nom. Pour que le passé change à tout jamais » (Natasha Kanapé Fontaine, Nauetakuan, un silence pour un bruit, Bibliothèque québécoise, 2024).
Phénomène historique sans précédent, le continent américain a connu plus de 500 ans de colonialité du pouvoir et l’ensemble des colonialités (Aníbal Quijano, 1999), c’est-à-dire des formes de domination coloniale qui ont été fondées par le colonialisme européen des Amériques et se sont maintenues après les processus d’indépendances/décolonisations, devenant une matrice de pouvoir mondiale toujours en vigueur (Quijano, 1992). Depuis 1492, les peuples autochtones des Amériques/Abya Yala, ont subi de plein fouet la violence de la colonisation européenne marquée par le génocide, l’asservissement, les viols, la déshumanisation et la destruction de leurs territoires originaires.
Depuis le 16e siècle, la catégorie « indien » et ses dérivés « amérindien », « indien d’Amérique » et « indigène » désignent la situation de colonisé, de dominé, racialisé, exotisé. La catégorisation des peuples créée par les colons européens est le substrat sur lequel s’est construit un processus de racialisation et de création de races (Quijano, Wallerstein 1992 ; Grosfoguel 2016). Comme le souligne l’anthropologue mexicain Guillermo Bonfil Batalla (1972), « indien » est une catégorie supra-ethnique qui ne dit rien des groupes qu’elle comprend, mais dit plutôt la relation de subordination. L’Indien, en tant que catégorie coloniale, naît lorsque Christophe Colomb envahit l’île d’Ayiti, renommée Hispaniola pour asseoir la domination des Rois Catholiques sur l’île. Avant 1492, l’Abya Yala était composée de centaines de peuples et de sociétés très diverses, ayant chacune leur propre identité et structure sociales et politiques. L’invasion d’Abya Yala par les Européens a très vite été suivie de la violence colonisatrice et du génocide de 90% de la population du continent (Grondin Marcel et al. 2022). Certaines régions, comme la Caraïbe, auront du mal à faire face à la violence du choc colonial des premières décennies de l’invasion du continent. Les peuples autochtones vivant de Saint Domingue à Cuba ont été décimés par une occupation européenne sanglante et violente (Dussel 2012). Au Mexique, celle-ci devient systématiquement marquée par le refus de l’autre, conçu par le colon comme « le même », voué à être incorporé comme chose à une totalité dominatrice (Dussel 2012). Dans les territoires où la colonisation arrive plus tardivement, il faudra attendre le milieu du 19e siècle pour que les peuples autochtones retrouvent leur niveau démographique précolonial. La subalternisation des Autochtones ne s’achève pas avec les indépendances du 19e siècle. De fait, à part partiellement dans le cas d’Haïti, il n’y a aucune révolution décoloniale dans les Amériques. Les colons renvoyés chez eux sont remplacés par leurs descendant·es, né·es sur le continent américain. Dans certains territoires, comme la Guyane, la décolonisation ne s’est jamais produite. Et même Haïti, ayant connu une apparente décolonisation du pouvoir, celle-ci s’est faite au prix des nouvelles dépendances financières et commerciales imposées par l’ancienne métropole et les États-Unis à travers l’endettement (Dorigny 2005).
Ce colloque vise à explorer cette histoire douloureuse, oubliée et silenciée. Connaître le passé pour mieux le panser et réparer la blessure coloniale. L’objectif sera aussi de visibiliser les luttes anticoloniales, les résistances politiques et culturelles à la colonialité, tant passées que présentes. La création autochtone de nouveaux projets et concepts comme dans le cas de la notion d’Abya Yala, Buen et Bien Vivir, futur ancestral et des formes alternatives à l’État-nation moderne d’organisation sociale, caractérisées par la démocratie directe et l’autonomie politique, sont susceptibles d’entrevoir la concrétisation de l’utopie entièrement « américaine » évoquée par Quijano (Quijano 2020 ; Krenak 2025 ; 2020 ; Alkmin 2025). Ou encore, la mise en évidence d’un processus de production en cours d’un nouveau sens historique qu’incarnent les peuples autochtones (Quijano 2014). Le colloque se propose de visibiliser ces apports théoriques et pratiques dans un dialogue transaméricain.
En effet, la réflexion depuis une perspective autochtone suppose de mettre en avant la dimension transaméricaine et de laisser à l’arrière-plan, autant que faire se peut, les frontières nationales, coloniales et impériales qui ont coupé voire opposé des parents entre eux. Par ailleurs, penser l’autochtonie aujourd’hui suppose qu’on envisage le sujet depuis une perspective transdisciplinaire qui croise différents champs tels que la littérature, les arts, l’histoire, la géographie, le droit, la science politique, la philosophie, l’anthropologie et la linguistique, ou encore un sentir-penser non-disciplinaire, voire par-delà du disciplinaire (Haber 2011 ; Moraes, Torre 2002).
Penser l’autochtonie ou l’« autochtone », comme le propose Diana Carolina Flores (Puka T’ika) équivaut également à le penser comme une notion en débat permanent, raison pour laquelle il doit être utilisé de manière critique et en voie de complexification (Rojas 2025).

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Découvrir le programme (version courte)

 

Bibliographie

ALKMIN, FÁBIO M., 2025. Geografia da autonomia. 1e éd. São Paulo, Editora Elefante.
CUSICANQUI, Silvia Rivera, 2018. Un mundo ch’ixi es posible Ensayos desde un presente en crisis, Buenos Aires: Tinta Limón.
DORIGNY, Marcel, 2005. « Aux origines : l’indépendance d’Haïti et son occultation », dans N. Bancel, P. Blanchard et S. Lemaire, La fracture coloniale : La société française au prisme de l’héritage colonial, p. 45-55, La Découverte.
GRONDIN Marcel, VIEZZER Moema, ROSS-TREMBLAY Pierrot, HAMIDI Nawel, CARRIER Yve, et LEVAC Raymond, 2022. Le génocide des Amériques : résistance et survivance des peuples autochtones. Québec : les Éditions Écosociété.
GROSFOGUEL, Ramón, 2016. “A estrutura do conhecimento nas universidades ocidentalizadas: racismo/sexismo epistêmico e os quatro genocídios/epistemicídios do longo século XVI”. Sociedade e Estado. avril 2016. Vol. 31, pp. 25 49. DOI 10.1590/S0102-69922016000100003.
HABER, Alejandro, 2011. Nometodología Payanesa: Notas de Metodología Indisciplinada. [en ligne]. janvier 2011. Disponible à l’adresse : https://ri.conicet.gov.ar/handle/11336/191621 [Consulté le 7 avril 2025].
KANAPE FONTAINE, Natasha, 2014, Manifeste Assi, Montréal, Mémoire d’encrier.
—, 2024. Nauetakuan, un silence pour un bruit, Bibliothèque québécoise.
KRENAK, Ailton, 2020. Idées pour retarder la fin du monde. Bellevaux : Éditions Dehors.
KRENAK, Ailton, 2025. Futur ancestral. Dehors.
MACUSAYA CRUZ, Carlos, 2022. “En Bolivia no hay racismo, indios de mierda ». Apuntes sobre un problema negado. La Paz: Ediciones Jichha (2e éd.).
MORAES, María Cándida et TORRE, Saturnino de la, 2002. “Sentipensar bajo la mirada autopoiética o cómo reencantar creativamente la educación”. Creatividad y Sociedad [en ligne]. 2002. N° 2. Disponible à l’adresse : https://www.waldorfcolombia.org/seccns/Reencantando.pdf
QUIJANO, Aníbal et WALLERSTEIN, Immanuel, 1992. « Americanity as concept, or the Americas in the modern world-system”. International Social Science Journal [en ligne]. 1992. Disponible à l’adresse : https://newuniversityinexileconsortium.org/wp-content/uploads/2022/02/Quijano-and-Wallerstein-Americanity-as-a-Concept.pdf
QUIJANO, Aníbal, 1992. “Colonialidad y Modernidad/Racionalidad”. Perú Indígena. 1992. Vol. 13, n° 29, pp. 11 20.
QUIJANO, Aníbal, 2020. «“Bien Vivir”: Entre el “desarrollo” y la Des/Colonialidad del Poder». In : Cuestiones y horizontes [en ligne]. CLACSO. pp. 937 952. de la dependencia histórico-estructural a la colonialidad/descolonialidad del poder. [Consulté le 21 mars 2024].
QUIROZ, Lissell, 2016. « Construire l’État, civiliser l’Indien dans l’Oriente péruvien (1845-1932) », Les Langues Néo-Latines, n° 379, déc., p. 37-50.
ROJAS, Diana Carolina Flores, 2025. Dignités originaires et disputes démocratiques depuis sur le sud andin péruvien au sein des manifestations récentes 2022 – actualité (Dignidades originarias y disputas democráticas desde el sur andino peruano en las recientes protestas 2022-actualidad) [en ligne]. Séminaire. Paris. 10 juin 2025. Disponible à l’adresse : https://republique-des-savoirs.fr/events/event/seminaire-decoloniser-la-pensee-regards-autochtones-est-il-toujours-possible/

 

Axes du colloque

1. Le lexique et les manières de nommer et dépasser « l’Indien » dans le temps et dans le territoire
2. Le système juridique occidental au cœur de la colonialité
3. Les formes d’acculturation
4. Les femmes autochtones : premier territoire de conquête
5. Les résistance autochtones à la colonialité
6. Le renouveau des mobilisations autochtones dans les Amériques

Modalités de soumission : Les propositions de communication sont à envoyer à l’adresse colonialiteetautochtonie@gmail.com avant le 1er janvier 2026. Elles prendront la forme suivante : Nom et prénom, institution, adresse électronique, titre de la communication, résumé de 250 mots et une brève notice biobibliographique. Le comité d’organisation donnera sa réponse au plus tard fin janvier 2026.
Détails pratiques : Les langues de communication seront l’espagnol, le français, l’anglais et le portugais. Notre budget étant limité, nous ne pourront pas prendre en charge les frais de déplacement et de séjour. En revanche, nous assurerons le repas de midi, les pauses café ainsi que le dîner de gala du 5 juin au soir. Une publication des contributions ayant été validées par un comité éditorial ainsi que l’enregistrement des présentations est prévu.

Suite à des problèmes techniques, les autrices/auteurs des propositions n’ayant pas reçu un accusé de réception de notre part sont invité.e.s à envoyer une nouvelle fois leurs propositions. Veuillez nous excuser du désagrément.