Séminaire Cavaillès (2019-2020)


Détails de l'événement

Cet événement se déroule du 2 octobre 2019 jusqu'au 3 juin 2020. Sa prochaine occurrence est le 18 décembre 2019 13:30

  • Lieu: ENS, Salle du Centre Cavaillès
  • Équipe(s):
  • Type d'évènement:
  • Prochaines Dates:

« Séminaire Cavaillès »

2019-2020

13h30-15h30

 

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Adresse
ENS – 29 rue d’Ulm – 75005 Paris
Salle du Centre Cavaillès (3ème étage, droite)


Présentation du séminaire Cavaillès
Perpétuant les orientations impulsées par Jean-Jacques Kupiec lors de sa création, le séminaire Cavaillès se donne pour objet l’histoire et la philosophie des sciences du vivant. Une fois par mois un acteur des sciences expérimentales ou humaines est invité à y présenter ses travaux et réflexions. Le séminaire se veut ouvert à toutes et à tous, avec l’objectif de croiser les regards, partager les connaissances et favoriser les échanges sur un large spectre de thématiques et de questions. Il entend être le témoin de la vitalité, l’actualité et la fertilité des recherches en épistémologie historique des sciences biomédicales, ainsi que de leur incidence sur les débats scientifiques contemporains.

Programme

2 octobre 2019
Lucie Laplane (CRCN, CNRS UM8590, IHPST, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
« Les frontières du microenvironnement tumoral »
Résumé
Le microenvironnement (TME) occupe aujourd’hui une place centrale en cancérologie. Cependant, le TME est généralement défini de manière floue, souvent au travers d’une liste de constituants localisés dans où à proximité direct de la tumeur et ayant des rôles divers. J’examinerai les conceptions spatiales et causales du TME. Je montrerai que ces conceptions spatiales et causales ne se superposent que partiellement. Afin de rendre le concept de TME à la fois plus précis et plus opérationnel, je proposerai de distinguer plusieurs échelles spatiales d’environnements tumorales, et examinerai les différents types de causalité à l’œuvre dans ces différents niveaux d’environnement.

Enregistrement audio réalisé par l’équipe Savoirs de l’ENS

6 novembre 2019
Marie-Christine Maurel (Institut de Systématique, évolution, biodiversité UMR7205)
« Des origines de la vie à la xéno(bio)diversité et à la xénobiologie »
Résumé
La xénobiologie est l’étude de la vie que nous ne connaissons pas. Et si la vie que nous connaissons sur Terre n’était qu’une forme de vie parmi d’autres ?

4 décembre 2019
Daniel J Nicholson (Exeter University)
« The Processual Organism »
Abstract
In this talk I explore the nature of the organism. I argue that the dominant substance-based conception of the organism as a complex machine is empirically and theoretically untenable and must be supplanted by a processual one capable of fully accommodating its inherently dynamic character. I then examine the metaphysical implications of this shift. What do we learn when we reject the mechanical and embrace the processual? I identify and discuss three key lessons for biological ontology: the first is that activity is a necessary condition for existence; the second is that persistence is grounded in the continuous self-maintenance of form; and the third is that order does not entail design. Finally, I examine the consequences that the fluidity of life has for the current debate regarding the scope and limits of mechanistic explanations in biology.

18 décembre 2019
Jean-Jacques Kupiec
« Et si le vivant était anarchique » ?
Résumé
La génétique – fondamentalement déterministe –, ne tient pas la route face à la somme des données expérimentales démontrant que le hasard est omniprésent dans le vivant, y compris dans le fonctionnement des « gènes ». La génétique, que ce soit dans sa version forte (un gène détermine un caractère d’un être vivant) ou dans sa version adoucie appelée « épigénétique » (le déterminisme du gène est tempéré par d’autres facteurs dont l’environnement), est ainsi ébranlée dans son fondement : le désordre règne là où était censé régner un programme. Mais plutôt qu’abandonner cette théorie erronée, les biologistes pratiquent un double discours qui consiste à osciller en permanence entre les deux versions de la génétique (forte et adoucie), ce qui a pour effet de la transformer en une idéologie infaillible. Pour sortir de cette impasse, il est temps d’accepter la part anarchique du vivant, c’est-à-dire la variation aléatoire qui en est la propriété première et d’en tirer les conséquences. Il n’existe aucun ordre biologique intrinsèque qui déterminerait la vie. Les êtres vivants ne sont pas des sociétés centralisées de cellules obéissant aux ordres du génome ou de l’environnement, mais des communautés de cellules anarchistes, libres et actrices de leur destin, grâce au hasard qu’elles utilisent à leur profit.
J.J. Kupiec, Et si le vivant était anarchique, Editions Les Liens qui Libèrent, 2019.

8 janvier 2020
Pierre-Olivier-Méthot (Université Laval)
« « La plus remarquable histoire de la biologie qui ait jamais été écrite » : Histoire et réception de La logique du vivant de François Jacob »
Résumé
Encensé dans Le Monde par Michel Foucault, La logique du vivant, une histoire de l’hérédité occupe dès sa parution dans la « Bibliothèques des sciences humaines » une place à part dans l’espace intellectuel français. Écartant l’idée que le savoir en sciences biologiques se constitue graduellement et sur le mode cumulatif, la démarche de Jacob vise au contraire à montrer comment, dans le « champ du possible », de nouveaux objets deviennent accessibles à l’analyse, et sous quelles conditions. Or, sous ses allures de livre météorite semblant venir de nulle part, La logique du vivant est un ouvrage qui a lui-même une histoire. Dans cet exposé, il s’agira de restituer quelques éléments propres à cette histoire et d’analyser la réception de La logique du vivant dans le contexte historique et philosophique de la France mais aussi de l’étranger.

5 février 2020
Patrick Forterre (Institut Pasteur de Paris et Institut de Biologie Cellulaire Intégrative, Université Paris-Saclay)
« Les virus dans le monde vivant »
Résumé
Pendant longtemps les virus ont été principalement étudiés par les scientifiques en tant que vecteurs de maladies infectieuses ou comme outils pour les manipulations génétiques. Par contre, les virus n’étaient pas pris en compte par les évolutionistes dans la grande saga du vivant, étant considérés par beaucoup de biologistes comme des sous-produits de l’évolution biologique. Cette situation a profondément changé ces dernières années avec la découverte de nouveaux virus aux propriétés étonnantes et la possibilité de comparer les virus entre eux grâce à l’analyse de leurs génomes. Il apparaît aujourd’hui que les virus ont joué un rôle majeur dans l’évolution depuis les toutes premières étapes qui ont vu l’apparition des organismes modernes jusqu’à l’évolution récente de l’espèce humaine. Ces découvertes ont relancé les débats concernant l’origine et la nature des virus, en particulier par rapport à la question traditionnelle : les virus sont-ils vivants ? De nouveaux concepts sur la nature des virus ont été proposés, tel le concept de cellule virale, et de nouvelles hypothèses ont été formulées concernant sur leur origine et leur évolution. Finalement, ces débats relancent la question de la définition du vivant.

4 mars 2020
Cécilia Bognon (UCLouvain, Institut Supérieur de Philosophie, CEFISES)
« La biologie avant la biologie »
Résumé
Nous avons récemment publié un volume intitulé Philosophy of Biology before Biology(Bognon-Küss et Wolfe, éd. 2019, Routledge) portant sur l’interaction entre philosophie et sciences naturelles au 18esiècle, période qui anticipe la constitution d’une discipline autonome consacrée à l’étude des phénomènes vitaux. C’est donc à la dynamique de constitution de la biologie comme science, avant 1800, que nous avons consacré ce travail. Nous avons nommé « philosophie de la biologie avant la biologie » l’accent historique et philosophique combiné sur ce processus d’émergence de la biologie.
Alors que le vivant s’affranchissait de la double juridiction de l’âme immatérielle et de l’artisan créateur, philosophie et sciences de la vie entreprirent en effet, tout au long du 18esiècle, d’en saisir la spécificité par opposition au non-vivant (la machine d’un côté, l’inerte de l’autre), que ce soit par tracé de frontières plus ou moins étanches (organique – inorganique, vie – mort) comme chez Buffon, ou dans des tentatives de caractérisation positive (téléologie, auto-organisation) comme chez Kant. L’on pourrait ainsi, malgré le flottement sémantique qui paraît affecter le terme de « vie » au 18esiècle, concevoir que ce travail souterrain qui consistait à embrasser la vie dans la pluralité de ses manifestations (plantes et animaux), la généralité de ses mécanismes (génération, développement, nutrition, etc.), et la complexité de sa relation à la matière a préparé l’apparition subite de la « biologie » autour de 1800[1]et permis la diffusion rapide de l’idée d’une science empirique des propriétés générales des êtres vivants. On sait que Michel Foucault, dans les Mots et les choses, a proposé de cette émergence un tableau diamétralement opposé. Étayant son argument sur l’absurdité que représentait pour lui l’écriture d’une histoire de la biologie au 18esiècle sur le fait que la biologie ne pouvait alors exister puisque « la vie elle-même n’exist[ait] pas »[2], Foucault entendait montrer que s’il n’y a pas de sens à parler de « biologie » au 18esiècle, c’est parce que « la coupure entre le vivant et le non-vivant, n’est jamais un problème décisif »[3]. Point de « vie » au 18esiècle, mais « seulement des êtres vivants, qui apparaissaient à travers une grille du savoir constituée par l’histoire naturelle »[4].
Or nous soutenons une thèse doublement inverse, à savoir que 1) la « vie » émerge bel et bien comme problème ontologique au cours du 18esiècle à la faveur d’une réévaluation des rapports qu’entretiennent vie et matière autour du concept pivot d’organisation – réévaluation qui substitue à la division des corps entre les trois règnes une séparation entre l’organique et l’inorganique ; mais que symétriquement 2) il ne suffit pas que la vie se constitue en problème ontologique pour qu’une science empirique et unificatrice de la vie, une biologie scientifique, naisse et se développe. Dans le sillage de l’archéologie foucaldienne, mais à rebours de ses conclusions, nous examinerons donc les conditions de possibilité d’émergence d’une biologie, entendue sous son aspect de « théorie matérielle de la vie »[5]. Nous chercherons à montrer qu’il y a un sens à s’essayer à écrire une philosophie de la biologie avant la biologie, c’est-à-dire avant et l’apparition systématique du mot « biologie » et l’institution de la biologie comme discipline, et à déterminer les conditions de possibilité d’une telle histoire[6].
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[1]En réalité, Mc Laughlin (2002) a parfaitement montré que cette émergence n’a pas été aussi subite qu’on le pensait, puisqu’il identifie chez Hanov (1766) l’utilisation du terme latin « Biologia » dans le titre de son livre, et souligne que le mot y désigne alors l’étude des « lois générales relatives aux choses vivantes ». Cela plaide en tout état de cause pour la reconnaissance de l’existence de l’effort spéculatif intense qui a conduit à la « biologie », c’est-à-dire pour la reconnaissance d’un souci biologique avant la biologie. Nous développons ce point plus en détail au chapitre 4, et dans Bognon-Küss et Wolfe (à paraître).
[2]Foucault (1966), p. 139.
[3]Op. cit., p. 174.
[4]Op. cit., p. 139.
[5]Nous empruntons cette expression à Gayon (2008).
[6]Sur ce point voir Bognon et Wolfe (éds.) (2019).

1er avril 2020
Romain Gallet
« Étude de l’écologie et du fonctionnement d’un virus multipartite, le Faba Bean Necrotic Stunt Virus »
Résumé
Les génomes viraux peuvent être structurés de trois manières différentes ; ils peuvent être monopartites (un segment génomique dans une capside), segmentés (plusieurs segments génomiques dans une seule capside) ou multipartites. Les virus multipartites ont la particularité d’avoir un génome composés de plusieurs segments tous encapsidés indépendamment. Les virus multipartites sont en majorité des virus de plantes et sont transmis par puceron.
Cette structure génomique est apparue plusieurs fois indépendamment au cours de l’évolution, montrant qu’elle confère un ou plusieurs avantages sélectifs déterminants. Malgré ce constat, nous avons du mal à identifier ce(s) avantage(s) sélectif(s), et à comprendre comment il(s) pourrai(en)t compenser le coût sélectif considérable que représente la perte de segment génomique lors de la transmission (la perte de segment résultant en un échec de l’infection).
Durant ce séminaire, je présenterai 3 ans de recherche effectuée sur le Faba bean necrotic stunt virus, un nanovirus composé de 8 segments génomiques. Je focaliserai ma présentation sur des résultats récents, et qui selon nous, révolutionnent notre conception du fonctionnement viral.

6 mai 2020
Barbara Stiegler (Université Bordeaux Montaigne)
« S’adapter : un dévoiement de la pensée darwinienne dans le néolibéralisme ? »
Résumé
Contrairement à ce que soutenait Michel Foucault dans ses cours au Collège de France, le néolibéralisme n’est pas un anti-naturalisme. Il s’est au contraire nourri de sources biologiques, venues à la fois du darwinisme et de sa réinterprétation par les grandes philosophies évolutionnistes de la première moitié du 20ème siècle (Spencer, Bersgon et le pragmatisme américain). Mais en se nourrissant de catégories darwiniennes (adaptation, évolution, sélection, mutation, compétition), le néolibéralisme a en réalité trahi les leçons essentielles de l’Origine des espèces. C’est en tout cas l’un des axes de la critique pragmatiste du nouveau libéralisme menée pendant deux décennies par Dewey et contre Lippmann, qui tire de tout autres conséquences sociales et politiques du « laboratoire expérimental de la vie ».

3 juin 2020
Ana Soto

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